Pétrole : oléoduc saoudien à l’arrêt, le Brent fonce vers les 108 dollars

Pétrole : oléoduc saoudien à l’arrêt, le Brent fonce vers les 108 dollars

Les prix du pétrole ont de nouveau progressé mardi, portés par la multiplication des attaques contre les infrastructures énergétiques saoudiennes et par la prolongation de l’arrêt de l’oléoduc Est-Ouest. Cette nouvelle dégradation alimente les craintes d’une perturbation durable des approvisionnements mondiaux, alors que le trafic maritime reste fortement perturbé dans le détroit d’Ormuz.

À 00h26 GMT, le Brent, référence internationale, gagnait 1,24 dollar, soit 1,18 %, à 106,93 dollars le baril, après avoir progressé jusqu’à 1 % en début de séance. Le WTI américain avançait de son côté de 1,29 dollar, soit 1,24 %, à 102,65 dollars, prolongeant sa hausse de 1,3 % enregistrée la veille.

Cette nouvelle progression intervient après une flambée de près de 9 % des cours la semaine précédente. Lundi, le Brent avait déjà gagné 3,21 dollars, soit 3,1 %, pour terminer à 107,82 dollars, après avoir atteint un sommet de 108,65 dollars en séance. Le pétrole a ainsi franchi la barre des 100 dollars pour la première fois depuis juillet et évolue désormais à son plus haut niveau depuis mai.

La pression sur le marché s’est accentuée après une nouvelle attaque des rebelles houthis, soutenus par l’Iran, contre l’Arabie saoudite. Des missiles et des drones ont visé la base aérienne militaire de Khamis al-Mushait, dans le sud du royaume. L’attaque aurait ciblé des hangars d’avions, des systèmes radar, des pistes d’atterrissage et des dépôts de munitions, en représailles aux opérations saoudiennes au Yémen.

Cette attaque intervient alors que l’oléoduc Est-Ouest saoudien reste perturbé depuis vendredi à la suite d’une attaque de drone. L’infrastructure revêt une importance stratégique pour Riyad : elle permet d’acheminer une partie du pétrole vers le port de Yanbu, sur la mer Rouge, sans emprunter le détroit d’Ormuz, aujourd’hui au cœur des inquiétudes du marché.

L’oléoduc transporte habituellement environ quatre millions de barils par jour, soit près de 4 % de l’approvisionnement mondial. Sa fermeture prolongée pourrait donc rapidement réduire les capacités d’exportation de l’Arabie saoudite. Selon plusieurs sources du secteur, le port de Yanbu dispose de réserves permettant de maintenir les expéditions pendant seulement cinq à sept jours. Au-delà, la pression sur les exportations pourrait devenir beaucoup plus importante.

« La durée de l’arrêt de l’oléoduc Est-Ouest est un facteur clé qui déterminera la prochaine évolution des prix du pétrole », estime Tim Waterler, analyste de marché en chef chez KCM Trade.

Le marché surveille d’autant plus attentivement cette situation que les solutions de contournement sont désormais limitées. Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz a fortement diminué, avec moins de dix navires par jour durant le week-end, contre une moyenne d’environ quatorze sur les dix derniers jours. Avant le début de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, le 28 février, cette voie stratégique assurait habituellement le passage d’environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole.

À cette pression sur les infrastructures s’ajoute l’aggravation des tensions diplomatiques. Les États arabes du Golfe ont reporté les pourparlers prévus avec l’Iran pour discuter de la sécurité du détroit d’Ormuz. Ce report nourrit les craintes d’une extension du conflit et d’une dégradation supplémentaire des conditions de navigation dans cette zone stratégique.

Dans ce climat de forte nervosité énergétique, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré que Kiev était prêt à soutenir une proposition américaine de cessez-le-feu limité concernant les frappes contre les infrastructures énergétiques russes et ukrainiennes. L’Ukraine réclame toutefois des garanties de Washington sur la volonté réelle de Moscou de mettre fin à la guerre.

Le marché pétrolier reste ainsi suspendu à l’évolution de plusieurs fronts simultanés. Entre les attaques contre les infrastructures saoudiennes, l’arrêt de l’oléoduc Est-Ouest, la baisse du trafic dans le détroit d’Ormuz et le report des discussions avec l’Iran, les risques pesant sur l’offre mondiale continuent de s’accumuler. Et tant que les principales voies d’acheminement ne retrouveront pas un fonctionnement normal, la pression sur les prix devrait rester particulièrement forte.

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