Loi de finances 2027 : un déficit de 8 631 milliards de dinars qui remet en cause le modèle économique algérien
Avec 9 251 milliards de dinars de recettes prévues pour près de 17 883 milliards de dinars de dépenses, le projet de loi de finances 2027 met en évidence un déséquilibre budgétaire considérable. Derrière les objectifs de croissance et les engagements sociaux, une question demeure : comment financer durablement une dépense publique qui dépasse de loin les ressources mobilisées par l’État ?
Le projet de loi de finances 2027, que le ministre des Finances, Mohamed Lamine Lebou, doit présenter devant la commission des Finances et du Budget de l’Assemblée populaire nationale, ne peut être réduit à un exercice comptable. Avec un écart de près de 8 631 milliards de dinars entre les recettes et les dépenses, il soulève des interrogations sur la soutenabilité des finances publiques et sur la capacité de l’État à maintenir son niveau de dépenses sans aggraver ses déséquilibres.
Les prévisions de croissance annoncées par le gouvernement, à hauteur de 4,2 %, dont 5 % hors hydrocarbures et 6 % dans l’industrie, témoignent d’une ambition de diversification. Mais ces chiffres restent des objectifs qui devront être confirmés par les résultats. La faiblesse de l’investissement productif, les lourdeurs administratives, la dépendance aux importations et les difficultés rencontrées par les entreprises continuent de peser sur la transformation de l’économie.
La diversification ne se décrète pas dans un document budgétaire. Elle exige un tissu productif capable de créer des emplois, d’accroître les exportations et de générer des recettes fiscales régulières. Tant que les revenus de l’État resteront fortement dépendants des hydrocarbures, toute baisse durable des cours du pétrole et du gaz pourra fragiliser les équilibres financiers.
Le gouvernement entend renforcer le recouvrement fiscal et étendre le contrôle aux activités numériques et aux transactions électroniques. Ces mesures ne produiront toutefois des résultats durables que si elles s’accompagnent d’un élargissement équitable de l’assiette fiscale. Faire peser davantage de contraintes sur les entreprises déclarées et les contribuables en règle, sans lutter avec la même détermination contre la fraude, les circuits informels et les rentes insuffisamment taxées, risquerait de pénaliser les acteurs les plus transparents.
Le volet social, notamment les mesures relatives aux salaires, au pouvoir d’achat et au logement, répond à des besoins réels. Mais soutenir la consommation par la dépense publique sans renforcer parallèlement la production nationale entretient la dépendance aux importations. L’enjeu consiste à concilier protection sociale et développement des capacités productives, plutôt qu’à multiplier les engagements budgétaires sans garantir leur efficacité économique.
Le logement illustre cette difficulté. Les programmes de location-vente et de logements publics répondent à une forte demande, mais leur crédibilité dépendra des livraisons effectives, du respect des délais et de la qualité des constructions. Le même impératif vaut pour les infrastructures et les dispositifs de soutien à l’investissement : les crédits annoncés doivent se traduire par des réalisations mesurables.
La commission parlementaire devra donc examiner non seulement les prévisions pour 2027, mais aussi l’exécution du budget 2026, les projets inachevés et l’utilisation réelle des crédits engagés. La présence de quatorze ministres et hauts responsables ne prendra tout son sens que si elle permet d’obtenir des réponses précises sur les résultats obtenus et les dépenses engagées.
La nomination de Mohamed Lamine Lebou, qui a précédemment dirigé la Banque d’Algérie, place également le ministère des Finances face à une exigence de cohérence entre politique budgétaire, équilibres monétaires et financement de l’économie. L’expérience financière ne suffira cependant pas sans un contrôle plus rigoureux des dépenses, une meilleure évaluation des projets et une obligation de rendre compte des résultats.
Le véritable enjeu de la loi de finances 2027 dépasse ainsi le montant des crédits inscrits. Il s’agit de déterminer si l’État peut réduire progressivement sa dépendance à la rente, mobiliser ses ressources plus efficacement et orienter ses dépenses vers une croissance productive. À défaut de réformes concrètes, le déficit budgétaire risque de rester le symptôme d’un modèle qui dépense davantage qu’il ne parvient à générer durablement de richesses.
