Loi de finances 2027 en Algérie : déficit budgétaire, fiscalité et pouvoir d’achat au cœur des inquiétudes

Loi de finances 2027 en Algérie : déficit budgétaire, fiscalité et pouvoir d’achat au cœur des inquiétudes

Le ministre des Finances, Mohamed Lamine Lebou, a présenté les grandes lignes du projet de loi de finances 2027 devant la commission des finances et du budget de l’Assemblée populaire nationale (APN). Les débats ont été dominés par le déficit budgétaire, le financement des dépenses publiques, les perspectives de croissance et les répercussions des mesures fiscales sur le pouvoir d’achat. Avec 9 251,1 milliards de dinars de recettes prévisionnelles pour 17 882,65 milliards de dinars de dépenses en crédits de paiement, le texte fait apparaître un écart considérable, alors que le gouvernement entend poursuivre les investissements publics et renforcer les ressources hors hydrocarbures.

Mohamed Lamine Lebou a tenté de répondre aux préoccupations des parlementaires en mettant en avant les mesures destinées à consolider les recettes de l’État, à améliorer le recouvrement fiscal et à garantir le financement des programmes économiques et sociaux. Le ministre a également insisté sur la nécessité de préserver le pouvoir d’achat des citoyens et de maintenir les transferts sociaux, tout en poursuivant les projets de développement. Ces engagements interviennent dans un contexte où la progression des dépenses publiques impose de mobiliser davantage de ressources et de mieux maîtriser les équilibres budgétaires.

L’un des principaux enjeux du projet de loi réside dans la capacité de l’État à réduire progressivement le déficit sans compromettre le financement des politiques publiques. Les prévisions pour 2027 reposent notamment sur un renforcement de la fiscalité, une amélioration de l’efficacité de l’administration et une mobilisation accrue des recettes non liées aux hydrocarbures. Mais les députés ont soulevé des interrogations sur la fiabilité des hypothèses économiques retenues et sur les moyens de faire face à un éventuel écart entre les objectifs annoncés et les résultats effectivement enregistrés.

La question des prix des carburants a également occupé une place importante dans les échanges. Interrogé sur une éventuelle révision, le ministre des Finances a précisé qu’un ajustement ne signifiait pas automatiquement une augmentation. Selon ses explications, les prix pourraient évoluer à la hausse comme à la baisse, conformément à la réglementation en vigueur. Cette précision ne constitue toutefois pas une garantie de stabilité des tarifs. Elle laisse ouverte la possibilité d’une modification ultérieure, sans que le ministre ait annoncé, dans les éléments présentés, une hausse déterminée ni un calendrier précis.

Le projet de loi de finances 2027 s’articule autour de neuf priorités visant à renforcer les ressources publiques et à améliorer la gestion de l’État. Parmi elles figurent l’élargissement de l’assiette fiscale, le renforcement du respect des obligations fiscales, la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, la modernisation des procédures douanières, la valorisation du patrimoine public et l’accélération de la numérisation de l’administration. Le texte prévoit également de soutenir le développement humain, d’améliorer le cadre de vie des citoyens et de poursuivre la réalisation des grands projets structurants.
À travers ces orientations, le gouvernement entend élargir les sources de financement du budget et réduire sa dépendance aux recettes tirées des hydrocarbures. L’enjeu consiste à accroître les rentrées fiscales sans exercer une pression excessive sur les ménages et les entreprises. La réussite de cette démarche dépendra notamment de l’efficacité des contrôles, de la réduction des pratiques frauduleuses et de la capacité de l’administration à intégrer davantage d’activités économiques dans le circuit fiscal.

Sur le plan financier, les recettes prévisionnelles sont évaluées à 9 251,1 milliards de dinars, contre 17 882,65 milliards de dinars de crédits de paiement et 17 251,61 milliards de dinars d’autorisations d’engagement. La différence entre les recettes et les crédits de paiement atteint ainsi environ 8 631,55 milliards de dinars. Cet écart illustre l’ampleur du besoin de financement auquel les pouvoirs publics devront répondre. Il ne correspond cependant pas, à lui seul, au déficit budgétaire définitif selon les conventions comptables retenues, lequel doit être établi à partir des agrégats budgétaires et des modalités de financement prévus par le texte.

Les parlementaires ont notamment demandé des explications sur les perspectives de croissance et sur les conséquences d’une éventuelle réalisation inférieure aux objectifs gouvernementaux. Ils ont interrogé le ministre sur les mécanismes qui permettraient de garantir la continuité du financement des programmes publics si les recettes attendues n’étaient pas au rendez-vous. La question est déterminante : un ralentissement de l’activité économique pourrait affecter les rentrées fiscales et compliquer la couverture des dépenses, alors même que les besoins de financement restent élevés.

Les élus ont également insisté sur la nécessité de rationaliser les dépenses, de mieux hiérarchiser les investissements et de diversifier les ressources budgétaires. Au-delà des projections chiffrées, leurs interventions ont porté sur les conditions concrètes de réalisation des objectifs annoncés et sur les marges de manœuvre dont disposerait le gouvernement en cas de dégradation de la conjoncture économique.

La fiscalité appliquée aux ménages et aux entreprises a constitué un autre point de discussion. Les députés ont exprimé leurs préoccupations concernant le durcissement de certaines amendes et l’augmentation de taxes susceptibles d’affecter la consommation. Ils ont appelé à concilier la mobilisation des recettes publiques avec la préservation du pouvoir d’achat, dans un contexte où toute charge supplémentaire peut peser sur les budgets familiaux et les coûts supportés par les opérateurs économiques.

Les débats ont également abordé l’attractivité de l’investissement, le plafond de l’impôt sur la fortune, la pression fiscale sur les entreprises et les modalités de l’imposition volontaire. Sur ce dernier dispositif, les parlementaires ont demandé des garanties juridiques et des mécanismes de contrôle renforcés afin de prévenir les risques de blanchiment d’argent. Ces interrogations renvoient à une difficulté centrale pour la politique fiscale : élargir les ressources de l’État tout en préservant la confiance des contribuables et l’activité économique.

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