Pétrole : le Brent et le WTI chutent sous les 90 dollars, les revers électoraux de Trump accélèrent les espoirs d’un accord avec l’Iran

Pétrole : le Brent et le WTI chutent sous les 90 dollars, les revers électoraux de Trump accélèrent les espoirs d’un accord avec l’Iran

Les cours du pétrole ont enregistré une forte chute mercredi 4 novembre, passant sous le seuil des 90 dollars le baril pour le brut américain, dans un marché bouleversé par les résultats des élections de mi-mandat aux États-Unis et les déclarations du vice-président JD Vance, qui a directement imputé les revers électoraux des républicains à la guerre contre l’Iran. Cette évolution ravive les anticipations d’une désescalade entre Washington et Téhéran et d’un éventuel accord susceptible de rétablir progressivement les approvisionnements énergétiques perturbés depuis huit mois.

Le West Texas Intermediate (WTI), référence américaine, a chuté de près de 9 % pour atteindre 87,59 dollars le baril. Le Brent, référence internationale, a également décroché de plus de 9 %, à 93,91 dollars. Cette correction intervient après plusieurs semaines de tensions et une progression de plus de 10 % des cours en octobre, alimentée par les craintes d’une aggravation du conflit au Moyen-Orient.

« La raison de notre défaite, c’est la guerre », a déclaré JD Vance dans un message publié mercredi sur les réseaux sociaux, reprenant les propos attribués au président Donald Trump la veille au soir. Les démocrates ont remporté la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat, infligeant un revers politique majeur au camp républicain et renforçant la pression intérieure sur la Maison-Blanche pour mettre un terme à un conflit devenu particulièrement coûteux.

La guerre contre l’Iran a contribué à l’envolée des prix de l’essence et du diesel aux États-Unis, accentuant le mécontentement des électeurs. Pour les marchés pétroliers, les résultats du scrutin modifient désormais les anticipations concernant la stratégie américaine. Une administration confrontée à une opposition renforcée au Congrès pourrait être davantage incitée à rechercher une issue diplomatique plutôt qu’à prolonger une confrontation aux conséquences économiques et politiques grandissantes.

« Les élections incitent le marché à penser que Trump pourrait désormais être enclin à conclure un accord », a estimé Andy Lipow, président de Lipow Oil Associates. Selon lui, les démocrates pourraient notamment chercher à limiter les financements consacrés à la guerre. La réduction annoncée par Trump de l’aide américaine à Israël pourrait également exercer une pression supplémentaire sur les autorités israéliennes pour qu’elles se conforment aux orientations de Washington.

Mardi, le président américain avait déjà indiqué au Financial Times qu’il n’envisageait pas de nouvelles frappes contre l’Iran dans l’immédiat. Ces signaux politiques, conjugués aux déclarations de responsables américains et iraniens sur leur ouverture à une solution diplomatique, ont contribué à accélérer le mouvement de baisse. Les cours ont ainsi perdu plus de 14 % depuis le début de la semaine, selon les données rapportées par CNBC.

Cette réaction traduit toutefois autant un réajustement des anticipations qu’une véritable amélioration des fondamentaux du marché. La perspective d’un accord entre Washington et Téhéran laisse espérer une diminution des risques pesant sur les installations énergétiques et les voies d’exportation de la région. Mais la perspective d’un règlement reste incertaine.

Rebecca Babin, négociatrice principale en énergie chez CIBC, estime d’ailleurs que la correction pourrait être excessive. Selon elle, les investisseurs ont réagi de manière impulsive à des résultats électoraux inattendus, en réévaluant brutalement les risques d’escalade militaire. Les déclarations de JD Vance et les interrogations sur le soutien des alliés de Washington ont notamment remis en cause le scénario d’une intensification de la confrontation avec Téhéran.

La perspective d’une désescalade ne signifie cependant pas que le risque militaire a disparu. Bob McNally, président de Rapidan Energy et ancien conseiller du président George W. Bush, met en garde contre une lecture trop optimiste des signaux diplomatiques. Selon lui, les probabilités d’une nouvelle escalade dans la région demeurent élevées.

L’intransigeance de Téhéran sur ses positions et la détermination affichée par Donald Trump à empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire constituent, à ses yeux, des obstacles majeurs à un compromis rapide. Le président américain pourrait difficilement abandonner cet objectif stratégique sans contreparties substantielles.

Pour les marchés, l’enjeu dépasse donc les seules conséquences du scrutin américain. La baisse actuelle repose essentiellement sur l’espoir d’une sortie diplomatique d’une crise qui a profondément perturbé les approvisionnements énergétiques mondiaux. Tant qu’aucun accord concret ne sera conclu et que les tensions militaires ne seront pas durablement dissipées, les cours resteront exposés à de brusques retournements.

La chute du pétrole traduit ainsi un changement dans les anticipations politiques à Washington, mais elle ne constitue pas encore la preuve d’un retour à la normale sur le marché énergétique mondial.

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