Présidentielle au Portugal : André Ventura en tête au premier tour, l’extrême droite s’installe durablement dans le paysage politique
À quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle portugaise, prévu dimanche, André Ventura, chef du parti d’extrême droite Chega (« Ça suffit »), apparaît en tête des intentions de vote selon plusieurs sondages. Une position symboliquement forte, même si ses chances de victoire finale restent très limitées dans un scrutin où le second tour, programmé en février, devrait lui être fatal face à un candidat issu des forces traditionnelles.
Quelle que soit l’issue du premier tour, cette présidentielle marque une étape décisive dans l’ascension politique fulgurante de Ventura. Fondé en 2019, Chega est passé en quelques années du statut de formation marginale à celui de principale force d’opposition parlementaire. Lors des élections législatives de mai dernier, le parti a recueilli 22,8 % des suffrages et décroché 60 sièges, bouleversant l’équilibre politique d’un pays longtemps considéré comme imperméable à l’extrême droite.
Les scénarios pour le second tour restent ouverts. Certains sondages envisagent un duel entre André Ventura et l’ancien dirigeant socialiste António José Seguro, tandis que d’autres donnent l’avantage à Luís Marques Mendes, soutenu par le Premier ministre conservateur Luís Montenegro. Deux autres candidats pourraient également créer la surprise : Henrique Gouveia e Melo, ancien amiral devenu populaire pour avoir piloté la campagne de vaccination contre le Covid-19, et João Cotrim Figueiredo, figure libérale et député européen.
Dans un système politique où le président de la République exerce un rôle principalement honorifique, mais dispose de pouvoirs institutionnels clés en période de crise — dissolution du Parlement, convocation d’élections anticipées ou destitution du Premier ministre — l’enjeu dépasse la seule fonction présidentielle. Pour André Ventura, cette élection s’apparente avant tout à un test de popularité nationale, à un moment où il affiche ouvertement son ambition de briguer un jour le poste de Premier ministre.
« André Ventura se présente avant tout pour consolider son électorat », analyse le politologue António Costa Pinto, de l’Université de Lisbonne. « Mais une progression inattendue n’est pas à exclure », souligne-t-il, rappelant la dynamique imprévisible qui entoure désormais Chega.
Un score élevé de l’extrême droite renforcerait en tout cas la pression sur le gouvernement minoritaire de Luís Montenegro, déjà contraint de composer avec le soutien ponctuel de Chega pour faire adopter certaines réformes. Dans un Portugal de près de 11 millions d’habitants, membre de l’Union européenne et de la zone euro, pesant environ 1,6 % du PIB européen, cette montée en puissance de l’extrême droite constitue un tournant politique majeur, scruté de près à Lisbonne comme à Bruxelles.
