Corée du Sud : Corée du Sud : cinq ans de prison pour Yoon Suk Yeol, une condamnation historique après la crise de la loi martiale
Séoul – La justice sud-coréenne a franchi un seuil historique ce vendredi 16 janvier 2026. Le tribunal du district central de Séoul a condamné l’ancien président Yoon Suk Yeol à cinq ans de prison ferme pour des accusations liées à l’instauration controversée de la loi martiale décrétée fin 2024, un acte qui avait précipité sa destitution et plongé le pays dans une crise politique majeure.
Ce verdict constitue la première condamnation pénale prononcée contre Yoon dans le cadre des huit procédures judiciaires engagées à son encontre depuis son éviction du pouvoir. Il marque un tournant décisif dans l’examen judiciaire d’un épisode considéré par de nombreux observateurs comme l’un des plus graves dérapages institutionnels de l’histoire démocratique récente de la Corée du Sud.
Le chef d’accusation le plus lourd retenu contre l’ancien président est celui de rébellion, en lien direct avec l’imposition de la loi martiale. En droit sud-coréen, une telle infraction est passible de la peine de mort ou de la réclusion à perpétuité, soulignant la gravité exceptionnelle des faits reprochés. Le tribunal l’a également reconnu coupable d’autres délits, notamment pour avoir refusé d’obtempérer aux tentatives d’arrestation menées par les autorités, aggravant ainsi son cas judiciaire.
Aucune réaction publique immédiate de Yoon Suk Yeol n’a été enregistrée après l’annonce du verdict. Lors des audiences précédentes, sa défense avait vigoureusement contesté les poursuites, dénonçant une procédure « politiquement motivée » et juridiquement infondée. Elle avait notamment fustigé la réquisition d’une peine de dix ans de prison formulée par un procureur indépendant, qualifiée d’« excessive » et de contraire à l’esprit de l’État de droit.
L’affaire remonte à décembre 2024, lorsque Yoon, alors président en exercice, avait décrété une loi martiale de courte durée, provoquant une onde de choc dans le pays. Des manifestations massives avaient aussitôt éclaté à Séoul et dans plusieurs grandes villes, rassemblant des centaines de milliers de citoyens exigeant son départ et dénonçant une dérive autoritaire. Sous la pression populaire et institutionnelle, Yoon avait été destitué, arrêté puis officiellement démis de ses fonctions.
L’ancien chef de l’État a toujours soutenu que son intention n’était pas d’instaurer un régime militaire durable. Selon lui, le décret visait à alerter la population contre un parlement dominé par l’opposition libérale, qu’il accusait de bloquer systématiquement son programme politique. Une justification rejetée par les enquêteurs et le parquet, qui estiment au contraire que cette décision constituait une tentative délibérée de consolidation et de prolongation du pouvoir, en violation flagrante de l’ordre constitutionnel.
Au-delà du sort personnel de Yoon Suk Yeol, ce procès illustre la résilience des institutions sud-coréennes, souvent citées comme un modèle de reddition des comptes des dirigeants politiques, y compris au plus haut niveau de l’État. Il rappelle également que, dans cette démocratie asiatique marquée par un passé autoritaire, toute tentative de contournement des mécanismes constitutionnels reste un tabou absolu, lourdement sanctionné par la justice et la société.
Les autres procédures visant l’ancien président se poursuivent. Elles pourraient alourdir encore davantage son bilan judiciaire et confirmer une chute politique déjà considérée comme l’une des plus spectaculaires de l’histoire contemporaine du pays.
