Erdogan, Milei et Sissi invités à devenir membres : le Conseil de la paix pour Gaza en question

Erdogan, Milei et Sissi invités à devenir membres : le Conseil de la paix pour Gaza en question

Dans un coup de théâtre diplomatique daté du 16 janvier 2026, le président turc Recep Tayyip Erdogan, le président argentin Javier Milei et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi ont été invités à siéger comme membres fondateurs du Conseil de la paix pour Gaza, ou « Board of Peace ». Cette instance vise à superviser la sécurité, la gouvernance transitoire et la reconstruction de Gaza après l’accord de cessez-le-feu d’octobre 2025 et deux années de destructions massives.

La Turquie a confirmé la réception de la lettre officielle via Burhanettin Duran, directeur de la communication présidentielle. Le ministre des Affaires étrangères Hakan Fidan est pressenti pour intégrer le comité exécutif, aux côtés de Tony Blair, Marco Rubio, Ajay Banga (Banque mondiale) et d’autres personnalités comme Jared Kushner ou Steve Witkoff. Ankara, allié historique du Hamas et fervent soutien des Palestiniens, se dit prêt à contribuer à une force de surveillance et à la reconstruction du territoire, rôle reconnu pour sa capacité à influencer le mouvement islamiste.

Javier Milei, pro-Israël et idéologiquement aligné avec les orientations internationales du conseil, a confirmé sur X que sa participation était un « honneur », réaffirmant l’engagement de l’Argentine contre le terrorisme.

De son côté, l’Égypte, dirigée par Abdel Fattah al-Sissi, examine attentivement l’invitation. Le ministre des Affaires étrangères Badr Abdelatty a précisé lors d’une conférence de presse : « Nous avons reçu une invitation pour que le président Sissi rejoigne le Conseil de la paix, et nous étudions cette proposition avec sérieux ». Le Caire, médiateur clé du cessez-le-feu et gardien de la frontière de Rafah, joue un rôle central dans la stabilité de la région et redoute une instabilité accrue au Sinaï, de nouveaux flux migratoires et un retour du jihadisme. L’Égypte pèse donc lourd dans l’équilibre du Conseil et dans la mise en œuvre des mesures post-conflit.

Pourtant, cette « table de la paix » suscite de vives critiques. Beaucoup de Palestiniens y voient un retour déguisé au colonialisme : une instance dominée par des étrangers, qui imposerait sa vision sans aborder justice, liberté ou autodétermination. L’absence de voix palestiniennes indépendantes alimente scepticisme et résignation : « On n’a guère le choix, mais cela ressemble à céder l’administration à des puissances extérieures », commente un analyste à Gaza.

Israël fulmine particulièrement contre l’inclusion d’Erdogan, ancien critique virulent de Jérusalem et allié influent de certains acteurs internationaux. L’invitation de Milei, outsider sans lien direct avec la région, est parfois moquée comme un « club de supra-mâles » dépourvu de femmes et de représentants palestiniens, tandis que certains dénoncent un « Board of Colonial Genocide », perçu comme un instrument de jeux de pouvoir régionaux.

La phase 2 du plan repose sur un comité technocratique palestinien (NCAG, dirigé par le Dr Ali Sha’ath), une démilitarisation progressive et des fonds internationaux. Mais le désarmement du Hamas reste incomplet, le retour des otages partiel et les violations du cessez-le-feu persistent. L’ensemble demeure fragile.

Reste à voir si ce Conseil de la paix constituera une coalition pragmatique pour stabiliser Gaza rapidement, ou une initiative controversée contournant l’ONU, ignorant les réalités locales et risquant d’exacerber les tensions. Les prochains jours, notamment lors de forums internationaux comme Davos, détermineront si cette instance produit réellement de la paix… ou de nouvelles polémiques.

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