Procès en appel des assistants parlementaires du RN : Marine Le Pen concède des reproches et plaide la bonne foi

Procès en appel des assistants parlementaires du RN : Marine Le Pen concède des reproches et plaide la bonne foi

Le procès en appel de Marine Le Pen et du Rassemblement national pour détournement présumé de fonds publics européens se poursuit au tribunal de Paris jusqu’au 12 février 2026, dans un climat de forte tension politique et judiciaire. Pour la présidente du RN, l’enjeu est crucial : en première instance, le 31 mars 2025, elle avait été condamnée à quatre ans de prison, dont deux ferme, assortis de 100 000 euros d’amende et de cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire, une sanction qui, si elle était confirmée, l’écarterait mécaniquement de la course à l’Élysée en 2027.

C’est dans ce contexte lourd que s’est ouverte une deuxième semaine d’audience marquée par un infléchissement notable de la stratégie de défense. Après avoir longtemps contesté l’ensemble des faits, Marine Le Pen semble désormais opter pour une ligne plus nuancée, reconnaissant l’existence de dysfonctionnements tout en rejetant toute intention frauduleuse.

Ainsi, le dernier temps fort de la semaine a été l’audition de Louis Aliot, maire RN de Perpignan et ancien compagnon de la dirigeante. En défendant la situation de son assistant Laurent Salles, décédé depuis la première instance, il a invoqué un « grand désordre » organisationnel consécutif à la vague électorale de 2014, lorsque le RN avait fait élire 24 eurodéputés. Toutefois, cette justification se heurte à des éléments matériels difficilement contournables, notamment un agenda quasiment vide, ne laissant apparaître qu’une seule trace d’activité professionnelle, ce qui affaiblit considérablement sa ligne de défense.

La veille déjà, Marine Le Pen avait donné le ton en concluant treize heures d’interrogatoire à la barre. Épuisée mais déterminée, elle avait reconnu que « des reproches incontestablement peuvent nous être faits », tout en martelant l’absence d’intention délictueuse. Elle a ainsi déplacé le débat sur le terrain de la bonne foi, imputant les dérives observées aux règles européennes qu’elle juge « floues », au laxisme des institutions de Bruxelles et au chaos interne provoqué par l’afflux massif d’élus en 2014. Dans un geste inattendu, le parquet général a même admis que certains contrats pourraient échapper à la qualification pénale, ouvrant la possibilité d’une réduction du préjudice financier.

Pour autant, cette défense se heurte à de nombreuses contradictions, apparues dès les premières heures de son audition. Marine Le Pen a notamment rejeté l’idée d’un « système » organisé, affirmant qu’il fallait « analyser cas par cas », mais cet argument a vacillé face à l’exemple de Julien Odoul, présenté comme « conseiller spécial » dans l’organigramme interne du parti tout en étant officiellement assistant parlementaire européen. La présidente du RN affirme ne jamais avoir eu connaissance de cette double fonction, malgré des documents internes explicites, ce qui a donné lieu à un échange particulièrement tendu avec la présidente de la cour.

Ces fragilités dans la défense ne concernent d’ailleurs pas seulement la direction du parti. Plus tôt dans la semaine, Nicolas Bay, ancien eurodéputé RN aujourd’hui en rupture avec la formation, avait lui aussi reconnu un « manque de vigilance » concernant son assistant Timothée Houssin. S’il nie toute consigne centrale, il admet néanmoins l’existence de « zones grises » liées à ses activités nationales, une reconnaissance qui, là encore, renforce l’idée d’un fonctionnement opaque plus que d’erreurs isolées.

En toile de fond, le dossier reste inchangé dans sa gravité. L’accusation décrit un système présumé d’emplois fictifs d’assistants parlementaires européens entre 2004 et 2016, pour un montant estimé à 6,8 millions d’euros. Selon les enquêteurs, de nombreux assistants rémunérés par le Parlement européen travaillaient en réalité pour le parti, au siège de Nanterre, comme le suggèrent les organigrammes internes, les courriels saisis et l’absence récurrente de preuves d’activité européenne.

Face à cette accumulation d’éléments, la ligne du RN apparaît de plus en plus politique. Après la contestation frontale des faits, la défense mise désormais sur l’admission de négligences sans reconnaissance d’intention criminelle, élément pourtant central en droit pénal. Marine Le Pen cherche ainsi à se défausser sur son entourage, sur l’imprécision des règles européennes et sur le contexte de crise interne, dans l’espoir d’éviter l’essentiel : une inéligibilité ferme.

L’enjeu dépasse largement le cadre judiciaire. Dans les sondages, le RN reste crédité de 30 à 35 % d’intentions de vote pour 2027, ce qui place Marine Le Pen au cœur du jeu politique. Une condamnation définitive la rendrait inéligible et propulserait Jordan Bardella comme candidat naturel du parti. Le verdict, attendu à l’été 2026, pourrait donc redessiner en profondeur le paysage politique français.

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