Guerre au Soudan : Khartoum accuse l’Éthiopie d’attaques de drones, le conflit prend une dimension régionale
La guerre qui ravage le Soudan depuis près de trois ans semble franchir un nouveau seuil d’escalade. Le ministère des Affaires étrangères du gouvernement soudanais aligné sur l’armée a accusé, pour la première fois, l’Éthiopie d’avoir permis ou facilité des attaques de drones visant des cibles à l’intérieur du territoire soudanais au cours des mois de février et mars.
Dans un communiqué officiel, Khartoum a affirmé que plusieurs frappes de drones avaient été menées « en provenance du territoire éthiopien », dénonçant une « agression manifeste » et mettant en garde Addis-Abeba contre les conséquences de ce qu’il qualifie d’« actes hostiles ». Le ministère n’a toutefois pas précisé l’identité exacte des opérateurs des drones, ni les sites visés par ces attaques.
C’est la première fois que l’Éthiopie est officiellement accusée d’ingérence directe dans la guerre qui oppose depuis avril 2023 l’armée soudanaise aux forces paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).
Ce conflit oppose principalement le chef de l’armée, le général Abdel Fattah al‑Burhan, dirigeant de facto du pays depuis le coup d’État de 2021, à son ancien allié devenu rival, le chef des FSR Mohamed Hamdan Dagalo, également connu sous le nom de « Hemedti ».
Au fil des mois, cette guerre interne s’est transformée en conflit aux multiples ramifications régionales, alimenté par des soutiens étrangers, des livraisons d’armes et une multiplication des alliances stratégiques.
Lors d’une récente session du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée à la crise soudanaise, la ministre britannique des Affaires étrangères Yvette Cooper avait averti que toute perspective de cessez-le-feu resterait illusoire tant que les belligérants continueraient de recevoir des armes létales fournies ou financées par des puissances extérieures.
Selon elle, au moins une douzaine d’États seraient impliqués, directement ou indirectement, dans l’approvisionnement militaire des factions rivales.
De son côté, l’ambassadeur égyptien auprès de l’ONU, Ihad Awad, a évoqué l’existence de rapports documentés indiquant qu’un pays voisin du Soudan aurait établi des camps d’entraînement pour des membres de milices et facilité leur circulation ainsi que leur armement — sans toutefois citer explicitement l’Éthiopie.
Une étude récente du centre d’analyse américain Critical Threats Project suggère que des responsables soudanais soupçonnent également les Émirats arabes unis d’avoir intensifié les livraisons d’armes vers l’Éthiopie depuis novembre 2025.
Selon ces accusations, ces transferts pourraient servir à établir une nouvelle base logistique arrière pour les FSR, permettant à ces forces paramilitaires de maintenir leurs opérations militaires à l’intérieur du Soudan.
Abou Dhabi a toutefois toujours rejeté fermement ces accusations, affirmant ne soutenir aucune faction dans le conflit.
Le camp de l’armée soudanaise bénéficie pour sa part du soutien politique et militaire de plusieurs puissances régionales, notamment l’Égypte, l’Arabie saoudite et la Turquie, qui voient dans la stabilité du Soudan un enjeu stratégique pour la sécurité de la mer Rouge et du Sahel.
Cette internationalisation progressive du conflit inquiète de nombreux observateurs, qui redoutent que la guerre soudanaise ne devienne un nouvel épicentre de rivalités géopolitiques dans la Corne de l’Afrique.
