L’Autorité palestinienne livre Hisham Harb à Paris : fin d’une traque de 43 ans
Quarante-trois ans après l’attentat du restaurant Jo Goldenberg, au cœur du quartier du Marais à Paris, une page judiciaire majeure s’ouvre enfin. Ce jeudi 16 avril 2026, l’Autorité palestinienne a remis aux autorités françaises le Palestinien Mahmoud Khader Abed Al-Adra, plus connu sous son nom de guerre Hisham Harb. Une arrestation et un transfert qui marquent l’aboutissement d’une longue traque internationale, et ravivent, en France, le souvenir d’une attaque qui avait profondément marqué la communauté juive et l’opinion publique.
L’homme, aujourd’hui âgé de 72 ans, colonel à la retraite des services de renseignement palestiniens, est soupçonné d’avoir joué un rôle central dans la préparation et la coordination de cette attaque meurtrière qui avait fait six morts et vingt-deux blessés. Selon les éléments de l’enquête française, le commando avait lancé une grenade à l’intérieur du restaurant avant d’ouvrir le feu sur les clients et les passants, transformant un lieu de convivialité en scène de panique et de violence extrême.
Les investigations menées depuis des décennies attribuent l’opération à une faction dissidente du Fatah, le Fatah-Conseil révolutionnaire (Fatah-CR). Dans ce dossier complexe, Hisham Harb est décrit non pas comme un simple exécutant, mais comme un organisateur clé de l’action. Il aurait, selon les enquêteurs, effectué un repérage des lieux un mois avant l’attaque sous une fausse identité, assuré la récupération des armes, désigné la cible aux auteurs directs et orchestré leur fuite après l’opération. Un survivant aurait, par ailleurs, formellement reconnu son visage sur photographie, élément déterminant dans le dossier à charge.
La justice française avait émis à son encontre un mandat d’arrêt international en 2015, pour assassinats et tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste. Pendant des années, sa localisation exacte est restée incertaine, jusqu’à son arrestation en septembre 2025 dans le sud de la Cisjordanie, à Yatta, près d’Hébron. Son transfert vers la France a été rendu possible après une phase de coopération diplomatique impliquant plusieurs intermédiaires régionaux. Selon des sources proches du dossier, la remise a été effectuée via la Jordanie, à la suite d’un engagement politique pris par le président Mahmoud Abbas en novembre 2025 de répondre favorablement aux demandes françaises.
Cette décision n’a toutefois pas fait l’unanimité. Au sein de la société palestinienne, des voix critiques se sont élevées contre cette remise, perçue par certains comme une atteinte à la souveraineté juridique interne. Plusieurs organisations de défense des droits humains et acteurs de la société civile ont dénoncé une violation de la Loi fondamentale palestinienne et mis en garde contre un précédent susceptible d’affaiblir les garanties légales nationales. L’avocat Ammar Dweik a notamment qualifié la procédure d’« entorse majeure au droit interne ».
La famille de Hisham Harb, de son côté, a exprimé de vives inquiétudes concernant son état de santé. Selon ses proches, l’ancien colonel souffre d’un cancer et de troubles neurologiques, rendant son transfert particulièrement éprouvant. Son fils, Bilal, affirme avoir pu s’entretenir brièvement avec lui par téléphone le jour de la remise, décrivant un homme affaibli mais conscient de la procédure en cours.
Pour les autorités françaises, cette extradition de fait constitue une avancée décisive dans un dossier longtemps enlisé. Elle ouvre désormais la voie à une présentation du suspect devant la justice, en vue d’un procès devant la cour d’assises spéciale compétente en matière de terrorisme. À l’Élysée, le président Emmanuel Macron a salué la coopération de l’Autorité palestinienne, y voyant une étape importante dans la lutte contre l’impunité des actes terroristes, même anciens.
.
