Népal : le ministre de l’Intérieur Sudan Gurung démissionne après une vague de critiques
À peine installé au cœur de l’appareil d’État, Sudan Gurung a déjà quitté la scène. Ce 22 avril 2026, le jeune ministre de l’Intérieur népalais a annoncé sa démission, cédant à une pression politique et médiatique devenue intenable, moins d’un mois après sa prise de fonctions. Une chute aussi rapide que symbolique, dans un pays encore secoué par les secousses d’une transition politique fragile.
Arrivé au pouvoir le 27 mars sous la bannière d’un programme résolument anticorruption, Gurung incarnait l’espoir d’un renouveau politique. Ancienne figure des manifestations de la Génération Z qui avaient fait vaciller le régime en septembre dernier, il s’était imposé comme le visage d’une nouvelle classe dirigeante, promettant transparence et responsabilité. Mais très vite, celui qui se voulait le chantre de l’intégrité s’est retrouvé au cœur de soupçons liés à ses investissements financiers et à ses liens présumés avec un homme d’affaires visé par une enquête pour blanchiment d’argent.
Face à la montée des critiques, Gurung a choisi de se retirer, invoquant la nécessité de garantir une « enquête équitable ». « La moralité prime sur une fonction », a-t-il affirmé, dans un message publié sur les réseaux sociaux, soulignant que la confiance du public devait rester la pierre angulaire de toute action politique. Une déclaration à forte portée symbolique, mais qui ne suffit pas à dissiper les interrogations sur les pratiques au sommet de l’État.
Le Premier ministre Balendra Shah, qui avait misé sur cette figure montante pour incarner son ambitieux programme de réformes, assurera l’intérim au ministère de l’Intérieur. Son gouvernement, déjà fragilisé, fait désormais face à un défi de taille : restaurer la crédibilité d’une promesse de rupture avec les dérives du passé.
Car au-delà du cas Gurung, c’est toute la dynamique politique issue des manifestations de septembre qui se trouve mise à l’épreuve. Ces protestations, déclenchées initialement par une interdiction controversée des réseaux sociaux, avaient rapidement dégénéré en une contestation massive contre la corruption et la dégradation économique, faisant au moins 76 morts et des milliers de blessés. Elles avaient ouvert la voie à une recomposition politique inédite, portée par une jeunesse en quête de changement.
Ironie du sort, Gurung lui-même avait marqué ses débuts en ordonnant l’arrestation de figures de l’ancien régime, dont KP Sharma Oli, accusées d’implication dans la répression sanglante des manifestations. Une offensive judiciaire qui avait renforcé son image d’homme déterminé à rompre avec l’impunité, mais qui aujourd’hui résonne avec une certaine amertume.
L’opposition, notamment le Congrès népalais, n’a pas tardé à réclamer une enquête « indépendante et impartiale », estimant que le maintien de Gurung en poste aurait compromis toute transparence. La création récente d’une commission chargée d’examiner le patrimoine des responsables publics, dans le cadre du plan de réformes en 100 points, apparaît désormais comme un test décisif pour le gouvernement.
