Prière collective avec la participation de Higseth et Rubio, « Rededicate 250 » : la Maison Blanche consacre‑t‑elle symboliquement l’Amérique au christianisme ?

Prière collective avec la participation de Higseth et Rubio, « Rededicate 250 » : la Maison Blanche consacre‑t‑elle symboliquement l’Amérique au christianisme ?

À Washington, ce dimanche 17 mai 2026, le National Mall a accueilli un événement d’une ampleur inédite : neuf heures de prières, de chants et de discours religieux réunis sous l’intitulé « Rededicate 250 ». Organisée dans le cadre des célébrations du 250e anniversaire des États-Unis, cette initiative soutenue par la Maison Blanche dépasse largement le registre commémoratif. Elle ravive surtout une question sensible et récurrente dans la vie politique américaine : la frontière entre foi religieuse et pouvoir d’État.

Selon les organisateurs, la mission est claire : « redéconsacrer la nation à Dieu ». Des personnalités de l’administration Trump, comme le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, le secrétaire d’État Marco Rubio ou le président de la Chambre des représentants Mike Johnson, figurent parmi les principaux intervenants, tandis que Donald Trump lui‑même est prévu pour adresser les fidèles par vidéo. Le message est explicitement totalisant : Hegseth n’a pas hésité à inviter les citoyens à « consacrer à nouveau cette république à Dieu et à la patrie », une formule qui résume l’ambition de l’événement – transformer une commémoration civique en manifestation religieuse officiellement bénie.

Cette prière collective n’est pas un simple rassemblement religieux parmi d’autres. Elle s’inscrit dans la montée en puissance du « christianisme nationalistique » au sein de l’administration Trump, mouvement qui voit dans la foi chrétienne évangélique l’un des piliers identitaires de la nation américaine. Hegseth, figure militaire emblématique du cabinet, est membre d’une église évangélique conservatrice et n’hésite pas à mêler discours de guerre et rhétorique biblique dans ses interventions publiques, ce qui renforce l’impression que la séparation entre militaire, État et religion se trouve de plus en plus floue.

L’organisation du rassemblement par la Maison Blanche, et non par une simple association religieuse, donne à ce que les détracteurs appellent un « jamboree chrétien » un caractère quasi officiel. Le fait que l’événement soit intégré au programme « Freedom 250 », plan officiel de commémoration du 250e anniversaire des États‑Unis, en fait un élément du récit national promu par Trump : l’Amérique est fondée sur des valeurs bibliques et chrétiennes, et son avenir dépend de la fidélité à ces racines.

Pourtant, ce qui frappe, c’est la composition des intervenants. Sur une liste de près de 20 figures religieuses, le plateau est presque entièrement dominé par des pasteurs évangéliques protestants. Seuls quelques invités, comme un rabbin et un archevêque catholique à la retraite, rappellent formellement la diversité religieuse américaine. Le site officiel de l’événement proclame pourtant que le rassemblement est ouvert aux « Américains de tous horizons », phrasé qui contraste nettement avec la réalité des tribunes occupées.

Pour Julie Ingersoll, professeure d’études religieuses à l’Université de Floride du Nord, ce choix des intervenants « renforce une conception de l’identité américaine ancrée dans la blancheur et le christianisme ». Elle y voit un message implicite mais clair : certains représentent la majorité, tandis que d’autres, musulmans, hindous, juifs, laïcs ou chrétiens d’autres obédiences, restent relégués au rang de figurants dans la narration nationale.

Les détracteurs y voient une instrumentalisation du religieux : la prière collective, même si elle ne crée pas juridiquement une religion d’État, envoie un signal puissant sur qui détient la légitimité morale et culturelle dans le pays. En sacrant le National Mall comme lieu de « Jubilee of Prayer & Praise », le gouvernement contribue à faire du christianisme évangélique l’expression normative de la foi américaine, marginalisant de facto les autres traditions.

L’enjeu dépasse la simple dimension symbolique : il touche à la conception de la citoyenneté. Si « redéconsacrer l’Amérique à Dieu » revient, dans la pratique, à la redéconsacrer à un christianisme évangélique, cela renforce un discours identitaire qui associe pleine appartenance nationale et appartenance religieuse à une seule famille de croyants. Pour les minorités religieuses, les laïcs ou les sécularistes, ce type de rassemblement peut apparaître moins comme une prière partagée que comme un acte de revendication politique et identitaire hautement éclectique.

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