Le président du Bangladesh démissionne : simple problème de santé ou l’appel téléphonique secret de Sheikh Hasina l’a-t-il piégé ?

Le président du Bangladesh, Mohammad Shahabuddin, a présenté sa démission vendredi 24 juillet, officiellement pour des raisons de santé. Mais au-delà de cette justification, plusieurs médias bangladais évoquent des pressions politiques croissantes et un appel téléphonique présumé avec l’ancienne Première ministre Sheikh Hasina, qui aurait précipité son départ.

Selon son entourage, le chef de l’État, âgé de 76 ans, souffre de sérieux problèmes de santé. Il a indiqué être atteint d’une neuropathie autonome, une maladie pouvant provoquer des pertes de connaissance, estimant ne plus être en mesure d’exercer pleinement ses fonctions.

Toutefois, des informations publiées par les quotidiens bangladais Prothom Alo et The Daily Star avancent une autre lecture de cette démission. D’après ces médias, les services de renseignement auraient signalé au gouvernement intérimaire que Shahabuddin avait entretenu un contact téléphonique avec Sheikh Hasina, réfugiée en Inde depuis sa chute du pouvoir en août 2024 à la suite d’un vaste mouvement de contestation étudiante.

Toujours selon ces informations, ce contact aurait eu lieu lors d’un séjour médical de Shahabuddin à Londres en mai dernier. Les autorités auraient ensuite reçu des renseignements faisant état de nouvelles tentatives de communication entre le président et l’ancienne dirigeante.

Ces révélations auraient profondément entamé la confiance du gouvernement intérimaire et des responsables du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), aujourd’hui dominant sur la scène politique. Les médias locaux affirment que le président aurait été invité à quitter ses fonctions afin d’éviter une nouvelle crise institutionnelle.

À ce stade, aucune preuve publique n’a été présentée pour confirmer ces allégations, et les autorités bangladaises n’ont pas officiellement établi de lien entre la démission de Shahabuddin et cet appel téléphonique présumé.

Mohammad Shahabuddin, élu président en avril 2023 avec le soutien de la Ligue Awami de Sheikh Hasina, était considéré comme le dernier représentant des anciennes institutions après la chute de l’ex-Première ministre.

Depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement intérimaire dirigé par Muhammad Yunus, les relations entre la présidence et l’exécutif se sont régulièrement dégradées. Shahabuddin avait lui-même dénoncé à plusieurs reprises le manque de considération dont il estimait faire l’objet.

La tension s’est encore accentuée après que Sheikh Hasina a déclaré, dans une récente interview accordée à Reuters, qu’elle comptait retourner au Bangladesh dans les prochains mois pour répondre devant la justice. Les dirigeants du BNP craignent qu’un maintien de Shahabuddin à la présidence ne puisse favoriser un éventuel retour politique de l’ancienne Première ministre.

Conformément à la Constitution bangladaise, la démission du chef de l’État ouvre une période de transition. Un nouveau président devra être élu par le Parlement dans un délai maximal de 90 jours. Compte tenu de l’actuel rapport de forces politique, il est largement attendu que le futur président soit issu ou soutenu par le BNP.

Si la version officielle reste celle d’une démission motivée par des raisons médicales, les spéculations autour d’un appel téléphonique présumé avec Sheikh Hasina illustrent le climat de défiance et les profondes rivalités qui continuent de secouer la vie politique du Bangladesh.

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