Scandale de l’« or italien » fabriqué en Turquie : quand l’aéroport d’Alger devenu le carrefour d’un vaste réseau international de trafic d’or

Scandale de l’« or italien » fabriqué en Turquie : quand l’aéroport d’Alger devenu le carrefour d’un vaste réseau international de trafic d’or

Ce n’est plus un simple délit de contrebande. C’est une affaire d’État en miniature, un scandale qui met en lumière les failles béantes d’un aéroport international transformé, de facto, en zone de transit pour un réseau criminel organisé. Douze personnes, dont un bijoutier de Blida et des complices jusqu’au cœur même des services de sécurité, sont jugées ce dimanche 2 août 2026 devant le tribunal de Dar El Beïda pour un trafic d’or et de devises qui a transformé l’aéroport HouariBoumédiène en véritable hub du blanchiment international.

Le scénario est digne d’un film d’espionnage, mais il se déroule bel et bien en Algérie, entre Blida et Istanbul. Des lingots d’or non poinçonnés, fondus dans un atelier clandestin à partir d’or usagé, sont dissimulés dans des ceintures médicales, des sous-vêtements, des chaussures de sport, grâce à la complicité active d’un agent de sécurité. Une fois à Istanbul, cet or “algérien” est refondu, transformé en bijoux, puis estampillé “Or italien” avant de revenir illégalement en Algérie pour être vendu dans des bijouteries “honnêtes”.

Les chiffres donnent le vertige : lors de l’arrestation du principal suspect, le 19 février 2025, les autorités ont saisi 14 lingots d’or pesant près de 9,6 kg, soit une valeur marchande estimée à 15 milliards de centimes, ainsi que plus de 10 000 euros et diverses devises étrangères. Mais ce n’est là qu’une partie du système. Selon les aveux recueillis, le réseau a fait transiter des dizaines de kilogrammes d’or entre 2023 et 2025, avec des commissions allant de 35 à 40 millions de centimes par opération, et des pots-de-vin atteignant 400 millions de centimes versés à un seul agent de sécurité – assez pour s’offrir une Hyundai Accent toute neuve.

L’enquête révèle aussi une organisation presque militaire : contacts via WhatsApp, rendez-vous dans des boutiques de Blida, récupération des lingots à l’intérieur même de l’aéroport, après que l’agent de sécurité a franchi tous les contrôles, L’opération s’achevait par un message codé envoyé depuis l’avion – « C’bon Hossam o Mubarakit » – confirmant le succès du transfert.

Selon les éléments de l’enquête, les membres présumés du réseau utilisaient également les toilettes et les salles de prière de l’aéroport international d’Alger comme points de remise et de transit des bijoux et des cargaisons d’or. Ces espaces, moins exposés aux regards, auraient permis d’organiser les échanges en toute discrétion et de contourner les dispositifs de contrôle avant l’acheminement de la marchandise vers d’autres destinations.

Ce procès dépasse le cadre d’une simple affaire de contrebande. Il met en lumière les mécanismes d’une économie parallèle présumée, dans laquelle l’or aurait servi à dissimuler l’origine de fonds, à contourner la réglementation sur les changes et, selon les accusations examinées par la justice, à bénéficier de complicités au sein même des services chargés de sécuriser les frontières.
Au-delà des responsabilités individuelles, cette affaire soulève une question plus large sur les failles des dispositifs de contrôle et sur l’ampleur réelle de ces circuits clandestins. Une interrogation demeure : combien d’autres réseaux comparables, alimentant le marché en prétendu « or italien » fabriqué en Turquie, pourraient encore approvisionner les vitrines algériennes sans que leur véritable origine ne soit clairement établie ?

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