Les attentats du 11 septembre auraient-ils pu être évités ? Des documents américains déclassifiés révèlent que Clinton et Bush avaient été avertis depuis longtemps.
Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, des documents américains récemment déclassifiés révèlent que les services de renseignement avaient multiplié les avertissements sur les projets d’Oussama ben Laden et d’Al-Qaïda. Des alertes adressées aux administrations de Bill Clinton puis de George W. Bush faisaient état de menaces contre les États-Unis, de projets de détournement d’avions et même de préparatifs d’attaques sur le sol américain.
Les nouvelles pièces déclassifiées par les autorités américaines replongent dans les années qui ont précédé les attentats les plus meurtriers de l’histoire des États-Unis. Elles montrent que la menace incarnée par Oussama ben Laden n’était pas inconnue de Washington et que les services de renseignement avaient, à plusieurs reprises, signalé ses intentions et les capacités grandissantes de son organisation.
La CIA a rendu publiques des centaines de pages de notes d’information présidentielles préparées sous les administrations Clinton et Bush. Plusieurs de ces documents, rédigés bien avant le 11 septembre 2001, portent sur Al-Qaïda, son chef et ses projets visant les États-Unis et leurs alliés.
Dès février 1998, une note destinée au président Bill Clinton évoquait la volonté de groupes terroristes de se procurer des armes de destruction massive et citait explicitement Ben Laden et d’autres extrémistes islamistes. Les services américains avaient donc identifié depuis plusieurs années le danger représenté par le réseau qui allait, quelques années plus tard, organiser les attentats de New York et de Washington.
En décembre de la même année, un autre rapport faisait état d’un exercice au cours duquel des terroristes avaient réussi à contourner les dispositifs de sécurité d’un aéroport new-yorkais avant de détourner un avion. Le document précisait également que certains membres du réseau de Ben Laden avaient reçu une formation au détournement d’appareils.
Les avertissements ne se sont pas arrêtés là. Au cours de l’année 1998, les services américains estimaient déjà que Ben Laden envisageait de nouvelles attaques contre les États-Unis et leurs alliés. La Grande-Bretagne apparaissait également parmi les pays susceptibles d’être ciblés.
Des documents désormais rendus publics montrent même que Londres figurait dans les préoccupations des services américains. Après les frappes américaines contre des positions liées à Ben Laden au Soudan et en Afghanistan, à la suite des attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, les renseignements estimaient que le chef d’Al-Qaïda étudiait de nouvelles opérations contre les États-Unis et la Grande-Bretagne.
À la fin de 1998, la menace était décrite comme « imminente et importante ». Les services de renseignement faisaient état de fortes indications concernant la volonté de Ben Laden de frapper les États-Unis et leurs alliés, notamment la Grande-Bretagne et Israël. Les intérêts de ces pays à l’étranger pouvaient également devenir des cibles si les objectifs situés sur leur propre territoire étaient trop difficiles à atteindre.
Les renseignements faisaient parallèlement état de projets de détournement d’avions, signe d’une évolution des méthodes d’Al-Qaïda vers des opérations plus complexes et plus spectaculaires.
Le réseau disposait déjà d’une importante structure de recrutement. Des sympathisants d’Al-Qaïda recrutaient des militants en Grande-Bretagne, au Pakistan, en Turquie et dans plusieurs pays de la péninsule Arabique avant de les envoyer dans les camps d’entraînement installés en Afghanistan. Le dispositif dépassait donc largement le cadre d’un groupe clandestin limité à une seule région.
Le changement d’administration à Washington ne met pas fin aux avertissements. Au début de 2001, les services de renseignement continuent de signaler les ambitions de Ben Laden et ses efforts pour développer des capacités chimiques et biologiques.
En août, George W. Bush reçoit un briefing présidentiel indiquant que Ben Laden est déterminé à lancer des attaques terroristes aux États-Unis. Le document souligne que le chef d’Al-Qaïda préparait depuis plusieurs années des opérations contre le territoire américain et qu’il ne semblait pas disposé à renoncer à ses projets malgré les échecs précédents.
Plus inquiétant encore, la note fait état d’une activité inhabituelle aux États-Unis, compatible avec des préparatifs de détournement d’avions ou d’autres attaques. Les services mentionnent notamment une reconnaissance récente d’un bâtiment fédéral à New York.
Le FBI menait alors une enquête sur environ 70 éléments d’information considérés comme liés à Ben Laden. Les renseignements accumulés dessinaient ainsi le portrait d’une organisation active, déterminée et capable de préparer des opérations complexes sur le sol américain.
Un autre document remis à Bill Clinton en septembre 2000 indiquait qu’une organisation liée à Ben Laden était susceptible de faire voler un avion chargé d’explosifs contre une ville américaine. Là encore, le rapport ne décrivait pas précisément le scénario qui allait se produire le 11 septembre, mais il montre que l’utilisation d’un avion comme arme n’était pas une hypothèse totalement inconnue des services américains.
Les documents déclassifiés ne prouvent pas que les autorités américaines disposaient d’une connaissance précise du complot du 11 septembre et auraient pu empêcher les attaques à coup sûr. Ils révèlent cependant une accumulation troublante de signaux d’alerte.
L’une des principales failles mises en évidence après les attentats concerne précisément le partage des renseignements. La CIA, le FBI et les autres agences américaines détenaient chacun des fragments d’informations, mais ces éléments circulaient difficilement entre les différents services.
Les analystes se retrouvaient ainsi face à un puzzle dont les pièces étaient dispersées entre plusieurs administrations. Des informations sur Ben Laden, ses hommes, leurs déplacements, leurs formations et leurs projets existaient, mais elles n’ont pas été suffisamment rapprochées pour permettre de reconstituer à temps l’opération qui se préparait.
Après les attentats, les investigations américaines ont établi que la préparation de l’opération s’était étendue sur environ deux ans. Dès le lendemain du 11 septembre, les services de renseignement cherchaient à déterminer les cibles envisagées par les terroristes et à savoir si d’autres attaques étaient encore en préparation.
Vingt-cinq ans plus tard, la déclassification de ces documents remet donc en question l’idée d’une attaque totalement imprévisible.
Ben Laden était identifié depuis plusieurs années comme une menace majeure. Ses ambitions contre les États-Unis et leurs alliés avaient été signalées. Les projets de détournement d’avions étaient connus des services. Des activités suspectes avaient été détectées sur le territoire américain. Et, quelques semaines avant le drame, le président Bush avait encore été averti de la détermination du chef d’Al-Qaïda à frapper les États-Unis.
Pour autant, aucun de ces éléments ne permet d’affirmer avec certitude que les attentats auraient pu être empêchés.
