RD Congo : Joseph Kabila accuse le pouvoir de Félix Tshisekedi de dérive autoritaire et réclame un dialogue national

RD Congo : Joseph Kabila accuse le pouvoir de Félix Tshisekedi de dérive autoritaire et réclame un dialogue national

L’ancien président congolais Joseph Kabila a lancé, vendredi 9 octobre, une violente charge contre la gouvernance de Félix Tshisekedi, sans le nommer directement. Dans une allocution diffusée sur les réseaux sociaux, il affirme que la République démocratique du Congo est « en péril », dénonce le retour de « la dictature » et accuse les autorités d’avoir aggravé les divisions nationales et l’insécurité. Il plaide pour un dialogue national inclusif, alors que les combats se poursuivent dans l’est du pays et que les initiatives diplomatiques peinent à aboutir.

Joseph Kabila hausse le ton contre le pouvoir en place à Kinshasa. Dans un message intitulé « Le pays est en péril : ne pas agir, c’est être complice », l’ancien chef de l’État dresse un tableau particulièrement sombre de la situation politique, sécuritaire et institutionnelle de la République démocratique du Congo (RDC). Il déplore l’absence de réponse à ses précédentes propositions et accuse les dirigeants actuels d’avoir laissé le pays s’enfoncer dans la crise.

« Près d’un an et demi après mon adresse du 23 mai 2025, force est de constater que mes propositions, mises en garde et conseils ont été superbement ignorés par ceux qui nous gouvernent », affirme-t-il. Selon lui, aucune inflexion significative des politiques publiques n’a suivi cette intervention et la situation générale du pays n’a cessé de se dégrader.

Sans citer directement Félix Tshisekedi, Joseph Kabila dénonce ce qu’il qualifie de « dictature ». Il accuse les autorités d’institutionnaliser le tribalisme, le népotisme et la discrimination envers certaines minorités, tout en critiquant une gestion de l’État qu’il assimile à une appropriation des institutions et des biens publics par le pouvoir.

L’ancien président va jusqu’à estimer que la RDC « n’est plus une république, encore moins démocratique ». Il compare le dirigeant actuel à « Ivan le Terrible », une formule destinée à dénoncer, selon lui, la concentration du pouvoir et la gouvernance personnelle de l’État. Il considère que cette situation a contribué à briser la cohésion nationale et à raviver les conflits identitaires, l’insécurité et la guerre.

Joseph Kabila oppose également le bilan de son passage à la tête du pays à celui de son successeur. Arrivé au pouvoir en 2001, il affirme avoir hérité d’un État en déliquescence et l’avoir transmis en janvier 2019 dans un pays « réunifié, largement pacifié ». Cette lecture de son propre bilan intervient toutefois dans un contexte politique profondément conflictuel, alors que ses relations avec les autorités actuelles sont marquées par de graves accusations et des procédures judiciaires.

Sur le front sécuritaire, l’ancien chef de l’État reproche au gouvernement de poursuivre une guerre qu’il n’aurait « ni la volonté ni les moyens de gagner ». Il évoque les revers subis par les Forces armées de la RDC (FARDC), les difficultés à faire respecter le cessez-le-feu conclu à Doha et la collaboration présumée de l’armée avec plusieurs groupes armés, notamment les Wazalendo et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Il accuse également les autorités de fournir des armes et des munitions à des groupes armés et dénonce des bombardements qui, selon lui, toucheraient des civils. Ces accusations s’inscrivent dans un conflit complexe, marqué par la progression des rebelles de l’AFC/M23 dans l’est du pays et par les tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali. Les allégations formulées par l’ancien président doivent être distinguées des faits établis et des positions des différentes parties au conflit.

Joseph Kabila critique par ailleurs la gestion diplomatique de la crise. Il reproche aux autorités d’avoir écarté ou insuffisamment exploité les initiatives de paix portées par la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), l’Union africaine ainsi que les Églises catholique et protestante congolaises.

« Face à la crise, il ne cherche pas la solution, mais la soumission », lance-t-il à propos du pouvoir. Pour lui, le dialogue doit constituer un passage obligé afin de rétablir la paix et de reconstruire la cohésion nationale. « Le dialogue n’est pas une option », insiste-t-il.

Cette exigence intervient alors que Félix Tshisekedi a officiellement lancé, en août 2026, un processus baptisé « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ». Prévu sur une période maximale de trois mois, il doit commencer à la base avant de remonter vers les instances nationales. Mais ses modalités divisent l’opposition et la famille politique de Joseph Kabila, qui réclament des garanties sur son caractère véritablement inclusif.

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