Crise entre Paris et Niamey : deux agents expulsés, le Niger dénonce une « ingratitude inacceptable »

Crise entre Paris et Niamey : deux agents expulsés, le Niger dénonce une « ingratitude inacceptable »

Les tensions entre la France et le Niger connaissent un nouvel épisode avec l’expulsion de deux agents nigériens en poste à l’ambassade de leur pays à Paris. Le gouvernement de Niamey a dénoncé, mardi 13 octobre, un « acte d’ingratitude grave et inacceptable », en rappelant que l’un des deux hommes avait été grièvement blessé en 2014 lors d’une mission menée en coopération avec l’armée française. Cette affaire intervient dans un contexte de rupture diplomatique et sécuritaire persistante entre les deux pays depuis juillet 2023.

Dans un communiqué lu à la télévision nationale nigérienne, le ministre de la Justice, Alio Daouda, a vivement critiqué la décision des autorités françaises de déclarer les deux agents persona non grata en septembre dernier. Selon une source diplomatique citée par la presse, Paris leur a notifié cette mesure le 16 septembre 2026, les obligeant à quitter le territoire français. Si Niamey affirme que les deux hommes étaient officiellement chargés de la sécurité de son ambassade, les autorités françaises les considéraient comme des agents des services de renseignement nigériens. Le Quai d’Orsay n’a pas publiquement commenté cette décision.

Au cœur de la protestation nigérienne figure le cas de l’officier Abdoul-Razak Ibrahim Moussa Toro. Selon les déclarations du ministre, ce dernier avait été grièvement blessé en 2014 lors d’une mission à Diffa, dans le sud-est du Niger, où les forces nigériennes combattaient Boko Haram avec l’appui de l’armée française. À cette époque, Paris participait à la coopération militaire et aux opérations de lutte contre les groupes armés jihadistes dans le pays. L’officier avait ensuite été évacué en France pour y recevoir des soins.

Pour Niamey, cet engagement passé aurait dû lui valoir reconnaissance et protection plutôt qu’une mesure d’expulsion. « Peut-on chasser un homme blessé, mutilé et rendu inapte au service d’une coopération que l’on a soi-même voulue, ordonnée et payée ? », a interrogé Alio Daouda, dénonçant le traitement réservé à celui qui avait servi dans le cadre de cette coopération.

Le ministre a également affirmé que l’officier avait d’abord fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), une décision qu’il avait contestée devant la justice française. Selon la version présentée par Niamey, les autorités françaises ont ensuite changé de procédure en le déclarant persona non grata le 16 septembre 2026. La mesure aurait été étendue à sa famille, enfants compris. Abdoul-Razak Ibrahim Moussa Toro aurait quitté la France le 19 septembre. Ces éléments n’ont pas pu être vérifiés de manière indépendante dans l’immédiat.

Poursuivant ses critiques, le ministre nigérien a accusé Paris d’avoir abandonné ceux qui avaient servi à ses côtés. « Voilà comment la France remercie ceux qui ont servi à ses côtés. Elle sollicite les hommes, elle les engage et les finance. Puis, lorsqu’ils tombent, elle les met à la porte avec leur famille, quitte à devancer ses propres tribunaux », a-t-il déclaré. Ces propos traduisent le ressentiment des autorités nigériennes face à une décision qu’elles jugent contradictoire avec la coopération militaire autrefois entretenue entre les deux pays.

Cette nouvelle controverse s’inscrit dans une crise profonde, ouverte en juillet 2023 à la suite du changement de pouvoir au Niger. Les relations entre Niamey et Paris se sont depuis fortement détériorées. Les autorités nigériennes ont exigé le départ de l’ambassadeur français et dénoncé les accords militaires bilatéraux, entraînant le retrait d’environ 1 500 soldats français déployés dans le pays.

En décembre 2023, la France avait annoncé la fermeture définitive de son ambassade à Niamey, invoquant les entraves imposées par les autorités nigériennes à son fonctionnement. L’ambassade du Niger à Paris demeure, en revanche, ouverte.

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