Gambie : la vente de la résidence américaine de Yahya Jammeh financera les réparations aux victimes de son régime
La Gambie va consacrer plus de 2,5 millions de dollars issus de la vente d’une propriété de son ancien président Yahya Jammeh, située dans la banlieue de Washington, à l’indemnisation des victimes des violations des droits humains commises sous ses 22 années de pouvoir. Confisqué par la justice américaine dans le cadre d’une procédure liée à des soupçons de corruption, le bien immobilier doit ainsi contribuer au processus de réparation engagé par les autorités gambiennes.
La Commission gambienne des réparations a annoncé, mardi 20 octobre, avoir reçu un peu plus de 2,5 millions de dollars provenant de la vente de cette résidence située à Potomac, dans le Maryland, une banlieue aisée de la capitale américaine. Dans un communiqué, l’organisme a précisé que les fonds avaient été directement déposés sur le compte du Fonds de réparations auprès de la Banque centrale de Gambie et seraient exclusivement affectés à l’indemnisation des victimes.
La commission, chargée de réparer les préjudices subis pendant les 22 années de règne de Yahya Jammeh, a également assuré que les sommes seraient administrées de manière responsable et transparente, en tenant compte des droits et des besoins des victimes et des survivants.
Le président gambien, Adama Barrow, a pour sa part indiqué que son gouvernement prendrait en considération les recommandations des auditeurs officiels concernant la distribution des fonds. L’enjeu est de garantir que les sommes récupérées bénéficient effectivement aux personnes touchées par les exactions imputées à l’ancien pouvoir.
Une procédure américaine contre des biens soupçonnés d’être issus de la corruption
La récupération de cet argent est l’aboutissement d’une procédure engagée par le ministère américain de la Justice. En 2020, celui-ci avait déposé une plainte en confiscation civile, estimant que la propriété avait été acquise grâce à des fonds provenant de la corruption. Selon les éléments avancés dans cette procédure, l’achat avait été réalisé par l’intermédiaire d’une fiducie créée par l’épouse de l’ancien président.
Un tribunal américain a ordonné la confiscation du bien en 2022. En septembre 2026, le ministère de la Justice a annoncé que le produit de sa vente serait restitué à la Gambie, ouvrant la voie à son affectation au programme national de réparations.
Yahya Jammeh a dirigé la Gambie pendant plus de deux décennies, avant de quitter le pays en janvier 2017, à la suite de sa défaite électorale face à Adama Barrow. Son départ en exil, sous la pression de pays voisins d’Afrique de l’Ouest, avait ouvert une nouvelle phase politique pour ce petit État d’Afrique de l’Ouest.
Installé en Guinée équatoriale, l’ancien dirigeant est accusé d’avoir supervisé de graves violations des droits humains, notamment des assassinats d’opposants politiques, des disparitions forcées, des viols et des actes de torture. Ces accusations s’inscrivent dans le bilan examiné par les mécanismes d’enquête et de justice mis en place après son départ.
Une commission d’enquête a estimé qu’entre 240 et 250 personnes avaient été tuées par les forces liées à son régime. La démarche de réparation vise à répondre aux conséquences de ces violences, en reconnaissant les préjudices subis et en apportant une compensation aux victimes et à leurs familles.
