États-Unis–Inde : Rubio presse New Delhi de conclure un accord commercial malgré les tensions sur le pétrole russe

États-Unis–Inde : Rubio presse New Delhi de conclure un accord commercial malgré les tensions sur le pétrole russe

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio s’est entretenu mardi 20 octobre à Mumbai avec le ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, dans l’espoir de rapprocher Washington et New Delhi d’un accord commercial attendu depuis plusieurs mois. Les droits de douane américains, les achats indiens de pétrole russe et les enjeux de sécurité énergétique restent au cœur des négociations, alors que les deux puissances souhaitent préserver leur coopération stratégique face à la Chine.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a affirmé mardi que les États-Unis et l’Inde étaient proches d’un compromis commercial, après plusieurs mois de blocage liés aux droits de douane et à la politique énergétique de New Delhi. « Nous sommes tout près du but », a-t-il déclaré à la presse à Mumbai, estimant que seuls quelques points restaient à régler avant la signature d’un accord.

Le ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, a indiqué avoir discuté avec son homologue américain des moyens de renforcer la coopération bilatérale dans les domaines du commerce, de l’énergie, des technologies et de la défense, ainsi que des principales évolutions régionales. Les deux responsables ont également participé à une réunion trilatérale avec le chef de la diplomatie des Émirats arabes unis, cheikh Abdullah bin Zayed Al Nahyan, consacrée notamment à la sécurité énergétique régionale et aux intérêts économiques communs.

Les négociations commerciales entre Washington et New Delhi sont au point mort depuis plusieurs mois. En août 2025, après l’échec des discussions, l’administration américaine avait imposé des droits de douane pouvant atteindre 50 % sur la plupart des produits indiens. Un accord-cadre annoncé en février prévoyait de ramener ce taux à 18 %, mais les négociations n’ont pas encore permis de finaliser les modalités du compromis.

Au sein du gouvernement indien, les déclarations divergent sur l’état d’avancement des discussions. La ministre des Finances, Nirmala Sitharaman, a reconnu au début du mois que les négociations étaient bloquées. Le ministre du Commerce et de l’Industrie, Piyush Goyal, a toutefois assuré la semaine dernière que la première phase de l’accord se trouvait dans sa dernière ligne droite. New Delhi souhaite notamment obtenir des conditions tarifaires comparables à celles accordées à ses concurrents manufacturiers.

Au-delà des échanges commerciaux, le pétrole russe constitue l’un des principaux points de friction entre les deux pays. Depuis le début de la guerre en Ukraine, en février 2022, l’Inde a profité des rabais proposés par Moscou pour sécuriser une partie de ses approvisionnements. Cette stratégie a régulièrement irrité Washington, qui cherche à réduire les revenus énergétiques de la Russie et à encourager ses partenaires à diversifier leurs achats.

New Delhi défend pour sa part une politique de diversification destinée à préserver la sécurité de ses approvisionnements et à maintenir des prix abordables. Les autorités indiennes ont annoncé leur intention d’accroître leurs importations d’énergie, notamment en provenance des États-Unis, sans pour autant pouvoir remplacer immédiatement les volumes achetés à la Russie.

Avant son départ pour l’Asie centrale, Marco Rubio avait lui-même reconnu la difficulté d’un tel changement. L’Inde a diversifié ses sources d’énergie, mais demeure fortement dépendante du pétrole russe, a-t-il souligné, rappelant qu’un changement de fournisseur ne pouvait s’effectuer du jour au lendemain. Le chef de la diplomatie américaine a également insisté sur le poids stratégique de l’Inde, qu’il a qualifiée de partenaire important des États-Unis.

Cette relation repose sur un équilibre délicat. Washington entend renforcer ses liens avec New Delhi pour contenir l’influence de Pékin dans la région indo-pacifique, tandis que l’Inde cherche à préserver sa marge de manœuvre diplomatique et à éviter une dépendance excessive envers un seul fournisseur d’énergie ou une seule puissance.

La visite de Rubio doit se poursuivre mercredi dans l’État du Gujarat, où le secrétaire d’État américain prévoit de visiter une raffinerie à Jamnagar et de rencontrer des dirigeants économiques. Le site, exploité par Reliance Industries, le groupe du milliardaire Mukesh Ambani, constitue le plus grand complexe de raffinage au monde.

Cette étape économique intervient alors que les perspectives d’investissement énergétique entre les deux pays restent au centre des discussions. En mars, le président américain Donald Trump avait annoncé un investissement de 300 milliards de dollars de l’entreprise dans la construction d’une raffinerie à Brownsville, au Texas.

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