Irak : six Français présumés jihadistes jugés à Bagdad, la peine de mort encourue

Irak : six Français présumés jihadistes jugés à Bagdad, la peine de mort encourue

Six ressortissants français soupçonnés d’appartenir à l’organisation État islamique (EI) sont jugés depuis dimanche à Bagdad pour des accusations de terrorisme. Transférés de Syrie vers l’Irak en 2025, ils risquent la peine de mort, alors que leurs avocats dénoncent les conditions dans lesquelles sont menées les procédures judiciaires irakiennes.

Le procès s’est ouvert dimanche matin devant un tribunal de Bagdad, selon une source judiciaire irakienne citée par l’AFP. Des véhicules de transfert de prisonniers ainsi que des voitures diplomatiques françaises ont été vus aux abords du tribunal.

L’identité des six accusés n’a pas été rendue publique. Selon la justice irakienne, ils font partie d’un groupe de 47 ressortissants français transférés en 2025 depuis la Syrie, où l’EI avait pris le contrôle de vastes territoires à partir de 2014. Parmi ces détenus figure notamment Adrien Guihal, vétéran du jihad français qui avait revendiqué au nom de l’organisation l’attentat de Nice du 14 juillet 2016, qui avait fait 86 morts.

Le procès intervient alors que le sort des ressortissants français soupçonnés d’avoir rejoint l’EI continue de susciter des tensions entre Paris et Bagdad. Des avocats français avaient appelé les autorités françaises à rapatrier « de toute urgence » les détenus transférés en Irak, estimant que ceux-ci risquent d’y être condamnés à mort.

Dans un communiqué publié jeudi, Mes Marie Dosé, Matthieu Bagard, Victoire d’Humières, Pauline Gamba-Martini et Baptiste Vachon ont dénoncé l’opacité des procédures judiciaires irakiennes. Ils affirment également ne pas être en mesure de représenter leurs clients dans des conditions permettant d’assurer pleinement leurs droits de la défense.

La justice irakienne a déjà prononcé des centaines de condamnations à mort et de peines de prison à perpétuité contre des personnes reconnues coupables de faits liés au terrorisme, notamment parmi les combattants étrangers de l’EI transférés depuis la Syrie.

En 2019, onze ressortissants français avaient ainsi été condamnés à mort en Irak. Leurs peines avaient finalement été commuées en prison à perpétuité en appel.

Le procès des six Français intervient alors que les prisons irakiennes accueillent déjà plusieurs milliers de suspects de l’EI transférés depuis la Syrie. Début 2026, plus de 5 700 personnes d’une soixantaine de nationalités avaient été transférées en Irak après plusieurs années passées dans des camps et centres de détention du nord-est syrien contrôlés par les forces kurdes.
Parmi ces détenus figuraient au moins cinq autres ressortissants français. Début septembre, la justice irakienne avait annoncé avoir achevé l’interrogatoire de ces milliers de suspects et être désormais en mesure d’engager les procédures judiciaires.
µ
Les investigations ont notamment permis d’identifier plusieurs commandants de l’EI, dont des responsables de haut rang, ainsi que six personnes soupçonnées d’avoir réduit en esclavage des membres de la minorité yazidie, persécutée par l’organisation jihadiste.

Dans le même temps, 457 Syriens doivent être remis à leur pays après que les investigations n’ont révélé aucun élément justifiant des poursuites. En avril, l’Irak avait également remis deux détenus, originaires de Finlande et des États-Unis, à leurs pays respectifs après avoir établi qu’ils n’avaient pas appartenu à l’EI.

Vaincu territorialement en Irak en 2017 puis en Syrie en 2019, l’État islamique a perdu les vastes territoires qu’il contrôlait dans les deux pays. L’organisation conserve toutefois des cellules clandestines, notamment dans des zones désertiques.

Pour les six Français jugés à Bagdad, l’enjeu est désormais judiciaire mais aussi diplomatique, leurs avocats redoutant une condamnation à mort alors que la France s’oppose à l’exécution de ses ressortissants.

Partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *