Liban : la saisie d’explosifs liés au Hezbollah ravive les tensions politiques

Liban : la saisie d’explosifs liés au Hezbollah ravive les tensions politiques

BEYROUTH — La découverte d’une importante cargaison d’explosifs dans un minibus intercepté à un point de contrôle de Dahr el-Baydar, entre la vallée de la Bekaa et le Mont-Liban, a ouvert un nouveau front de confrontation politique au Liban. Le 5 octobre, les forces de sécurité ont découvert plusieurs centaines de kilos de matières explosives, notamment du TNT et du C-4, selon des responsables libanais. L’affaire a rapidement dépassé le cadre d’une opération de sécurité pour devenir un nouvel épisode de la lutte autour du rôle militaire du Hezbollah et de la capacité de l’État à imposer son autorité.

Jeudi, le député du Hezbollah Hassan Fadlallah a reconnu que les explosifs appartenaient au mouvement. Dans un communiqué, il a affirmé que les responsables de l’organisation avaient immédiatement pris contact avec les services de sécurité et les autorités judiciaires afin de revendiquer la propriété du véhicule et de son chargement. Le parti a également exigé la libération des deux personnes arrêtées à bord ainsi que la restitution des explosifs.

Selon Hassan Fadlallah, les matières saisies étaient destinées à être utilisées contre Israël, qui maintient une présence militaire dans plusieurs secteurs du sud du Liban. Le député a rejeté les soupçons selon lesquels cette cargaison aurait pu servir à des opérations sur le territoire libanais contre le gouvernement ou des adversaires politiques du Hezbollah.

Le mouvement a averti les autorités contre toute escalade dans les mesures prises à son encontre. Il a également dénoncé ce qu’il considère comme une mise en œuvre des exigences américaines visant à désarmer la résistance, affirmant qu’il défendrait les moyens qu’il juge nécessaires pour combattre Israël.

Cette justification ne suffit toutefois pas à dissiper les inquiétudes de ses opposants. Plusieurs responsables politiques et analystes redoutent que des explosifs de cette nature puissent être employés contre des personnalités hostiles au Hezbollah. Le Premier ministre Nawaf Salam a notamment rappelé que le C-4 avait déjà été utilisé dans des assassinats politiques au Liban. À ce stade, cependant, aucun élément présenté dans cette affaire ne permet d’établir que la cargaison interceptée était destinée à une telle opération.

Le Hezbollah n’a jamais reconnu sa responsabilité dans les assassinats qui lui ont été imputés au fil des années. Parmi les affaires les plus marquantes figure celle de l’ancien Premier ministre Rafik Hariri, tué dans un attentat à Beyrouth en février 2005. Les accusations liées à ce dossier continuent de peser sur les relations entre le mouvement et une partie de la classe politique libanaise.

Le Premier ministre Nawaf Salam a promis de poursuivre les investigations afin d’identifier l’ensemble des personnes impliquées dans le transport des explosifs et leurs éventuels commanditaires. Il a qualifié l’opération de criminelle et assuré que les autorités traiteraient avec fermeté les dossiers liés à la circulation illégale des armes.

L’incident intervient alors que les relations entre le gouvernement et le Hezbollah restent marquées par un profond désaccord sur la place de la branche armée du mouvement. Le 2 mars, après avoir repris ses attaques contre Israël en représailles à l’assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei, le Hezbollah s’est retrouvé confronté à une décision gouvernementale interdisant ses activités militaires. Le mouvement a contesté cette mesure et poursuivi les combats, malgré l’opposition des autorités.

La situation est d’autant plus délicate que le gouvernement de coalition comprend deux ministres issus du Hezbollah, opposés à la décision concernant les activités militaires du groupe. Cette présence au sein même de l’exécutif illustre les contradictions auxquelles les autorités doivent faire face : elles entendent renforcer le contrôle de l’État sur les armes, tout en gouvernant dans un système politique où le Hezbollah conserve une influence considérable.

Depuis juin, les combats ont nettement diminué à la faveur d’un accord-cadre conclu entre Beyrouth et Tel-Aviv sous administration américaine. Le dispositif prévoyait la création de zones pilotes, le retrait progressif des forces israéliennes et le déploiement de l’armée libanaise afin de désarmer le Hezbollah.

Mais la mise en œuvre de cet arrangement rencontre de nombreux obstacles. Des habitants ont affirmé que les forces israéliennes n’étaient pas présentes dans certaines des zones pilotes annoncées, tandis que les démolitions d’infrastructures se poursuivent dans les secteurs du sud du Liban occupés par Israël. Pour le gouvernement, cette situation complique la mise en place d’un dispositif censé permettre à l’armée de reprendre progressivement le contrôle du territoire.

Ces dernières semaines, les forces de sécurité libanaises ont par ailleurs démantelé plusieurs opérations de trafic d’explosifs. La saisie de Dahr el-Baydar s’inscrit donc dans une série d’incidents qui soulèvent des questions sur les circuits de transport des matières explosives et sur les objectifs poursuivis par les réseaux impliqués.

Pour le Hezbollah, l’enjeu consiste à préserver son autonomie militaire au nom de la confrontation avec Israël, alors que les autorités cherchent à réduire la place des armes échappant au contrôle de l’État. Entre ces deux objectifs contradictoires, la saisie des explosifs ravive une question centrale pour le Liban : qui détient réellement le pouvoir de décider de l’usage de la force sur son territoire ?

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