« 27 clubs entravés : la FAF serre l’étau d’un football asphyxié »
À l’heure où les projecteurs devraient s’allumer sur les espoirs d’une nouvelle saison, la Fédération algérienne de football (FAF) choisit, une fois de plus, la voie de la contrainte et de la sanction. Vingt-sept formations placées sous interdiction de recrutement, des effectifs incomplets, des mercatos paralysés : loin d’apparaître comme un gage de sérieux, cette situation dessine les contours d’un championnat qui démarre déjà handicapé, alourdi par des dettes, des contentieux et une gestion structurellement défaillante.
Le Bureau fédéral, réuni à Sidi Moussa, a beau marteler les mots « assainissement », « gouvernance rigoureuse » et « discipline financière », ces formules sonnent de plus en plus comme un aveu d’impuissance. Car derrière chaque interdiction de recrutement se cache un club aux comptes dans le rouge, des salaires impayés, des joueurs et entraîneurs lésés, parfois depuis des saisons entières. La FAF, elle, se contente de rappeler qu’« aucune levée de sanction ne sera envisagée sans régularisation complète ». Fermeté de principe, mais absence totale de politique de sauvetage : on préfère punir les symptômes plutôt que de s’attaquer aux causes profondes d’un système qui se délite année après année.
Le résultat est là, aussi sombre qu’attendu : des équipes condamnées à aborder la compétition avec des effectifs tronqués, des projets sportifs fragilisés, des entraîneurs privés de leurs recrues et des supporters lassés de voir leur club étouffer sous des dettes que personne ne semble capable de résorber durablement. Les accords conclus avec de nouveaux joueurs ne sont que des promesses suspendues tant que les sanctions restent en vigueur. La saison s’annonce donc moins comme un nouveau départ que comme le prolongement d’une crise devenue permanente.
Cette liste de vingt-sept clubs sanctionnés n’est pas une simple photographie administrative. Elle constitue un constat d’échec collectif. Lorsqu’un nombre aussi important d’équipes, réparties entre plusieurs divisions, se retrouve empêché de recruter, c’est tout l’édifice du football national qui révèle ses profondes fissures. Les sanctions ne frappent plus des cas isolés ; elles deviennent la norme d’un championnat où l’exception est désormais le club financièrement stable.
Le paradoxe est d’autant plus frappant que ces restrictions interviennent au moment où les formations devraient construire leur effectif, préparer leur projet sportif et attirer de nouveaux talents. Au lieu de cela, les dirigeants passent leur été à tenter d’éteindre des incendies financiers, à négocier des échéanciers de paiement ou à rechercher dans l’urgence des solutions de fortune pour éviter un effondrement total. Le terrain cède la place aux bureaux, les ambitions sportives aux procédures administratives.
Certes, le respect des décisions de justice et des engagements financiers est indispensable pour restaurer un minimum de crédibilité. Mais limiter l’action de la Fédération à des interdictions de recrutement revient à traiter les conséquences sans jamais corriger les mécanismes qui conduisent les clubs à l’asphyxie financière. La sanction, à elle seule, ne crée ni stabilité, ni professionnalisation, ni viabilité économique.
