Exercices navals sino-irano-russes en Afrique du Sud : un signal stratégique qui inquiète Washington
Des navires de guerre chinois et iraniens ont accosté cette semaine près de la principale base navale d’Afrique du Sud, à Simon’s Town, non loin du Cap, en prévision d’exercices militaires conjoints qui devraient également inclure la Russie. Ces manœuvres, baptisées « Volonté de paix », se dérouleront du 9 au 16 janvier 2026 et sont organisées sous l’égide de Pretoria, dans un contexte international marqué par de fortes tensions géopolitiques.
Des journalistes de l’AFP ont observé la présence de deux navires chinois, dont un destroyer lance-missiles, dans la baie de False Bay dès mercredi, rejoints jeudi par un bâtiment de la marine iranienne. Selon des responsables de la marine sud-africaine, des navires russes devraient compléter le dispositif, confirmant la dimension multilatérale et hautement symbolique de ces exercices.
Officiellement, l’armée sud-africaine affirme que ces manœuvres visent à renforcer la sécurité de la navigation maritime et la protection des activités économiques en mer, tout en approfondissant la coopération entre marines partenaires « en faveur d’initiatives de sécurité maritime pacifique ». L’exercice s’inscrit dans le cadre des coopérations entre pays membres des BRICS, un bloc désormais élargi bien au-delà de ses membres fondateurs.
Initialement composés du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud, les BRICS incluent aujourd’hui l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et, plus récemment, l’Indonésie. Cet élargissement renforce le poids géopolitique du groupe, mais alimente aussi les inquiétudes des puissances occidentales, au premier rang desquelles les États-Unis.
À Washington, ces exercices sont perçus comme un nouveau signe de rapprochement stratégique entre des pays régulièrement accusés de mener des politiques « anti-américaines ». Le président américain Donald Trump a d’ailleurs multiplié les critiques à l’encontre des BRICS, accusés de chercher à remettre en cause l’ordre international dominé par les États-Unis.
L’Afrique du Sud, déjà sous le feu des critiques américaines pour ses liens étroits avec Moscou et sa plainte déposée contre Israël devant la Cour internationale de Justice pour génocide présumé à Gaza, se retrouve une nouvelle fois au centre des tensions diplomatiques. En 2023, Pretoria avait déjà suscité la controverse en organisant des exercices navals conjoints avec la Russie et la Chine, coïncidant avec le premier anniversaire de l’invasion de l’Ukraine par le Kremlin.
Sur le plan intérieur, ces manœuvres provoquent également des remous politiques. L’Alliance démocratique (DA), parti de centre-droit et membre de la coalition gouvernementale depuis la défaite historique de l’ANC en 2024, dénonce un manque criant de transparence. Le parti affirme que le Parlement n’a pas été correctement informé du coût, de la structure de commandement ni des conséquences diplomatiques de ces exercices.
La politique de défense et la politique étrangère de l’Afrique du Sud doivent être transparentes, constitutionnelles et fondées sur des principes », a déclaré Chris Hattingh, porte-parole de la DA pour la défense. Selon lui, ces manœuvres risquent de contredire la neutralité officiellement affichée par Pretoria et de porter atteinte à la réputation internationale du pays.
Anciennement connues sous le nom d’exercices Mosi, ces manœuvres conjointes avaient été reportées de novembre 2025 à janvier 2026 en raison d’un conflit de calendrier avec le sommet du G20 organisé à Johannesburg. Mais leur tenue aujourd’hui, dans un contexte de rivalités accrues entre grandes puissances, confère à ces exercices une portée bien au-delà du simple cadre militaire.
Entre affirmation stratégique des BRICS, crispations avec Washington et débats internes sur la neutralité du pays, l’Afrique du Sud avance sur une ligne de crête diplomatique de plus en plus étroite.
