Soudan du Sud : l’armée donne sept jours pour stopper l’avancée rebelle et éviter un retour à la guerre civile

Soudan du Sud : l’armée donne sept jours pour stopper l’avancée rebelle et éviter un retour à la guerre civile

Juba — Le gouvernement du Soudan du Sud a lancé un avertissement sans précédent face à l’offensive des forces rebelles de l’Armée populaire de libération du Soudan-en-opposition (SPLA-IO), qui s’approchent dangereusement de Bor, capitale de l’État de Jonglei, située à deux heures de route de Juba. Selon le chef de l’armée, le général Paul Nang Majok, les forces gouvernementales disposent de sept jours pour écraser la rébellion et reprendre le contrôle des zones occupées, dans ce qui est perçu comme une menace directe pour la capitale.

L’offensive rebelle a déjà entraîné la prise de plusieurs localités stratégiques dans l’est du pays, provoquant un exode massif de civils ainsi que la destruction de maisons et de marchés. Les Nations unies ont appelé à un cessez-le-feu immédiat, alertant sur les conséquences humanitaires désastreuses de ces combats. Selon des responsables onusiens, des civils ont été blessés par les frappes aériennes et de nombreuses personnes sont contraintes de fuir vers des zones plus sûres.

Le chef du SPLA-IO, Riek Machar, actuellement jugé pour meurtre, trahison et crimes contre l’humanité — accusations qu’il rejette catégoriquement — serait à l’origine d’une intensification des attaques. Certains analystes estiment qu’il cherche ainsi à faire pression sur le gouvernement pour obtenir sa libération.

Dans une déclaration au ton martial, le ministre de l’Information et porte-parole du gouvernement, Ateny Wek Ateny, a affirmé que les forces armées nationales avaient réussi à contenir puis repousser plusieurs percées rebelles dans le Jonglei, région stratégique reliant la frontière éthiopienne au centre névralgique du pays.

« L’opération de sécurité en cours dans le nord de l’État de Jonglei constitue une action souveraine, légale et indispensable, destinée à neutraliser l’avancée insurrectionnelle, à restaurer l’autorité de l’État et à préserver l’intégrité territoriale », a-t-il martelé.

Le pouvoir sud-soudanais accuse ouvertement le SPLM/A en opposition de saper délibérément l’architecture politique de la transition, en violant les engagements pris dans le cadre de l’accord de 2018, censé tourner la page d’une guerre civile ayant fait près de 400 000 morts et précipité plus de quatre millions de personnes dans l’errance.

« Toute remise en cause de cet accord historique constitue non seulement une rupture grave des engagements politiques, mais une entreprise de sabotage du processus de réconciliation nationale », a ajouté Ateny, appelant les chefs rebelles à renoncer à la logique de confrontation armée au profit d’un règlement politique.

Dimanche, l’état-major sud-soudanais a ordonné l’évacuation immédiate des civils, du personnel de la Mission des Nations unies au Soudan du Sud (MINUSS) ainsi que des ONG humanitaires opérant dans trois comtés du Jonglei, en anticipation d’une opération militaire de grande ampleur contre les positions rebelles.

Cette décision, lourde de conséquences humanitaires, a suscité une onde de choc parmi les acteurs internationaux. Un porte-parole du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a fait part de sa « préoccupation extrême », appelant toutes les parties à respecter scrupuleusement le droit international humanitaire et à garantir la protection des populations non combattantes.

Dans un État encore miné par des fractures ethno-politiques profondes, une militarisation chronique du champ politique et l’effondrement quasi permanent des institutions, la résurgence des combats dans le Jonglei apparaît comme le symptôme d’un processus de paix inachevé, vidé de sa substance par l’incapacité structurelle du pouvoir de transition à unifier l’armée, désarmer les milices et organiser un véritable pacte national.

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