Pétrole : les marchés pris en étau entre reprise de l’offre kazakhe et perturbations météorologiques aux États-Unis
Les cours du pétrole évoluent dans une zone de forte incertitude ce mardi 27 janvier, ballottés entre la perspective d’un renforcement de l’offre mondiale en provenance du Kazakhstan et les perturbations sévères provoquées par une tempête hivernale d’ampleur exceptionnelle aux États-Unis, qui fragilise l’ensemble de la chaîne énergétique.
Sur les marchés asiatiques, le baril de Brent de la mer du Nord s’échangeait autour de 65,18 dollars, en repli de 0,6 %, tandis que le West Texas Intermediate (WTI) américain reculait de 0,5 %, à 60,33 dollars. Une correction qui traduit avant tout l’anticipation d’une normalisation progressive des flux d’exportation kazakhs, après plusieurs semaines de tensions logistiques.
Le ministère kazakh de l’Énergie a confirmé être en mesure de relancer la production sur le plus vaste gisement pétrolier du pays. Toutefois, selon plusieurs sources industrielles, cette reprise reste largement théorique à ce stade, les niveaux effectifs de production demeurant sensiblement inférieurs à la capacité nominale. Le Consortium du pipeline de la Caspienne (CPC), principal vecteur des exportations kazakhes, a de son côté annoncé avoir rétabli l’intégralité de sa capacité de transport vers le terminal russe de la mer Noire, mettant fin à une phase de maintenance prolongée.
Pour les stratèges en matières premières d’ING, ce retour progressif de volumes supplémentaires devrait mécaniquement renforcer l’offre disponible sur le marché au comptant, exerçant une pression structurelle à la baisse sur les prix. Mais cette lecture optimiste se heurte à une réalité autrement plus brutale : la désorganisation massive du secteur énergétique américain sous l’effet d’un épisode climatique extrême.
Une tempête de neige d’une rare intensité a frappé une large partie des États-Unis, paralysant les infrastructures énergétiques, gelant les équipements de production et provoquant des coupures d’électricité à grande échelle. D’après les estimations convergentes des opérateurs et des courtiers, la production pétrolière américaine aurait chuté d’environ deux millions de barils par jour, soit près de 15 % de la production nationale.
Ce choc d’offre immédiat agit comme un digue face aux pressions baissières, empêchant les cours de décrocher plus franchement. La situation est d’autant plus préoccupante que plusieurs raffineries situées le long de la côte du golfe du Mexique ont signalé des dysfonctionnements techniques liés au gel, faisant planer le spectre de tensions sur l’approvisionnement en carburants raffinés.
« Les perturbations combinées sur la production et le raffinage pourraient entraîner une contraction significative des stocks commerciaux américains dans les prochaines semaines », avertit Daniel Hynes, analyste chez ANZ Bank.
Au-delà de la conjoncture immédiate, cet épisode illustre une tendance lourde : la vulnérabilité croissante du marché pétrolier mondial face aux chocs climatiques, désormais capables de produire en quelques heures des effets comparables à ceux de crises géopolitiques majeures. Dans un système énergétique déjà sous tension, la météo devient ainsi un acteur stratégique à part entière dans la formation des prix.
