La diplomatie algérienne face à Paris : une posture rigide qui masque une réelle faiblesse stratégique

La diplomatie algérienne face à Paris : une posture rigide qui masque une réelle faiblesse stratégique

La récente décision algérienne de considérer l’ambassadeur de France Stéphane Romatet comme persona non grata, annoncée le 27 janvier 2026 par les médias publics comme AL24 News, illustre une fois de plus la ligne dure adoptée par Alger dans sa relation avec Paris. Cette mesure, prise en réaction à la participation du diplomate à un reportage de « Complément d’enquête » sur France 2 diffusé le 22 janvier, est présentée par le pouvoir comme une défense légitime de la souveraineté nationale face à une prétendue ingérence. Pourtant, loin de renforcer la position algérienne, cette surenchère révèle les faiblesses structurelles d’une diplomatie qui privilégie la confrontation symbolique au détriment d’une réelle capacité d’influence et de négociation.

Depuis l’escalade de 2025, marquée par les expulsions mutuelles de diplomates et le rappel prolongé de l’ambassadeur français, Alger accumule les gestes unilatéraux sans obtenir de concessions substantielles de Paris. La déclaration d’indésirabilité de Romatet, bien que relayée avec emphase par la propagande officielle, reste à ce jour non officialisée par une note diplomatique formelle du ministère des Affaires étrangères, ce qui laisse planer le soupçon d’un outil de communication interne plus que d’une mesure irréversible. Cette ambiguïté tactique trahit une hésitation : durcir le ton pour galvaniser l’opinion nationale tout en évitant une rupture totale dont les conséquences économiques et sécuritaires seraient lourdes pour un pays déjà fragilisé.

La presse locale, fidèle à son rôle de caisse de résonance, amplifie mécaniquement cette posture victimaire sans jamais questionner son efficacité. On y lit invariablement que l’Algérie « défend son honneur » ou « riposte à l’agression médiatique française », mais on cherche en vain une analyse des coûts réels : isolement croissant sur la scène internationale, dépendance persistante aux importations françaises dans des secteurs stratégiques, ou encore affaiblissement de la coopération sécuritaire au Sahel où les deux pays partagent pourtant des intérêts vitaux. Cette absence de recul critique transforme le discours officiel en un exercice d’autosatisfaction qui masque la perte progressive de leviers diplomatiques.

En choisissant systématiquement l’escalade verbale et symbolique – du rappel d’ambassadeurs aux accusations d’ingérence –, le régime algérien se prive d’une marge de manœuvre essentielle. Paris, malgré ses propres divisions internes, conserve l’initiative sur plusieurs dossiers : migration, gaz, mémoire coloniale. Alger, en se plaçant dans une posture défensive permanente, apparaît de plus en plus comme un acteur réactif plutôt que proactif, incapable de transformer ses griefs légitimes en avancées concrètes. Cette faiblesse n’est pas seulement tactique ; elle est stratégique. Elle expose le pays à une solitude diplomatique accrue, surtout quand les partenaires traditionnels – Russie, Chine – ne compensent pas l’absence d’un dialogue équilibré avec l’Europe.

Au final, cette crispation prolongée sert davantage la rhétorique nationaliste intérieure que les intérêts supérieurs de l’Algérie. Sans un recentrage pragmatique, loin des surenchères médiatiques, la diplomatie algérienne risque de transformer une relation complexe mais indispensable en un conflit stérile, au prix fort pour l’économie et la sécurité nationale.

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