Le tourisme en Algérie entre les mensonges des influenceurs arabes mercenaires et la réalité des services médiocres et des hôtels pouilleux
Les rapports officiels et les discours gouvernementaux en Algérie continuent de vanter les potentialités touristiques exceptionnelles du pays : un littoral méditerranéen qui dépasse désormais les 2 148 kilomètres (selon les études récentes du ministère de l’Environnement et de l’Institut national de cartographie, actualisées en 2023), les majestueuses montagnes de Djurdjura dans la région de Kabylie, et l’envoûtante immensité de la Sahara algérienne au sud. Pourtant, chaque nouvelle tentative de relance de ce secteur stratégique se heurte à un mur de réalités implacables : le tourisme n’est pas qu’une carte postale idyllique, c’est une industrie complexe qui repose sur des services de qualité, une infrastructure fiable et une organisation cohérente.
Ces dernières années, la stratégie promotionnelle s’est largement appuyée sur l’invitation d’influenceurs internationaux pour façonner une image positive et ensoleillée de l’Algérie. Malgré les budgets conséquents alloués à ces opérations de communication digitale, les retombées restent largement confinées aux écrans des smartphones. Le voyageur séduit par un montage vidéo flatteur découvre rapidement, à son arrivée, un décalage abyssal entre la propagande virtuelle et le terrain. Les observateurs les plus lucides dénoncent une inversion des priorités : miser sur la publicité sans réformer les structures de base, c’est mettre la charrue avant les bœufs. Le vrai tourisme se construit par la simplification des procédures de visa, par des réseaux de transport modernes et efficaces, et par des standards internationaux dans les hôtels et restaurants – des domaines où l’Algérie accuse encore un retard criant.
Il est illusoire de prétendre attirer massivement des touristes étrangers alors que le citoyen algérien lui-même souffre d’un déficit sévère en services de base. Les failles structurelles sont multiples et flagrantes : absence d’un réseau routier complet et confortable reliant les grandes villes aux sites patrimoniaux et naturels ; rareté des établissements de restauration offrant une qualité à la hauteur des attentes ; faiblesse généralisée de la culture du service dans de nombreux lieux d’accueil ; et surtout, un labyrinthe administratif qui transforme le simple séjour en parcours du combattant, dès la demande de visa jusqu’au départ.
Même les initiatives les plus médiatisées, comme celles associées au phénomène viral « Dori Dart » (avec la participation du créateur syrien Anas Chaib et de jeunes Algériennes), n’ont pas provoqué le bond escompté. La raison principale ? Des tarifs hôteliers exorbitants alliés à un niveau de prestation souvent médiocre, ce qui pousse certains visiteurs à se tourner vers des alternatives informelles – y compris des services de nature sexuelle – qui offrent paradoxalement un meilleur rapport qualité-prix.
Le tourisme authentique commence par le bien-être du citoyen local : si l’Algérien ne trouve pas d’espaces de loisir dignes et des services respectueux de sa dignité, comment espérer convaincre le touriste étranger, a fortiori le visiteur du Golfe aux moyens élevés, de choisir l’Algérie ? Édifier un secteur touristique durable exige d’abord du courage politique pour admettre les échecs passés, loin des discours convenus et des slogans creux. Il ne s’agit pas d’empiler les affiches publicitaires ou de recruter des influenceuses pour des campagnes racoleuses, mais d’ouvrir de vrais chantiers : modernisation des infrastructures, renforcement du pouvoir d’achat des Algériens pour en faire les premiers touristes du pays, et création d’un climat d’investissement transparent, débarrassé du clientélisme et de la corruption administrative.
L’Algérie dispose de tous les atouts pour devenir une destination majeure, y compris pour les visiteurs du Golfe. Ce qui lui manque cruellement, c’est une volonté politique réelle et déterminée pour transformer ces richesses potentielles en réalité concrète – loin des chimères des réseaux sociaux et des promesses creuses de certains influenceurs arabes à la solde de campagnes opportunistes, qui ne nourrissent ni l’économie ni l’image durable du pays.
