Report massif des matchs : quand la tempête révèle la fragilité chronique du football algérien

Report massif des matchs : quand la tempête révèle la fragilité chronique du football algérien

La Fédération algérienne de football (FAF) vient de décréter l’arrêt total du football national pour tout le week-end des 29, 30 et 31 janvier 2026 – une mesure « exceptionnelle » et « sans précédent », nous dit-on. Exceptionnelle ? Vraiment ? Ou plutôt le énième aveu d’impuissance d’un système qui croule sous ses propres insuffisances dès que le ciel grimace un peu trop fort ?

Un Bulletin Météorologique Spécial (BMS) de l’ONM, vigilance rouge dans plusieurs wilayas, vents à plus de 120 km/h, pluies torrentielles, orages, houle déchaînée sur le littoral… Les ingrédients d’une catastrophe potentielle étaient réunis. Joueurs balayés par des rafales, tribunes effondrées, poteaux arrachés, inondations sur des pelouses qui ne drainent déjà rien en temps normal : le scénario catastrophe n’était pas hypothétique, il était probable. La FAF n’a eu d’autre choix que de suspendre tout : Ligue 1 Mobilis (17e journée), divisions inférieures, championnats de jeunes, féminin, futsal, coupes régionales… Le football algérien mis en veille forcée, comme un vieux moteur qui refuse de démarrer par grand froid.

Mais derrière ce communiqué lénifiant sur la « priorité à la sécurité », se cache une réalité beaucoup plus accablante : le football national est structurellement incapable de tenir debout face aux caprices du climat. Des stades aux tribunes branlantes, des pelouses transformées en marécages après deux heures de pluie modérée, des filets et des panneaux publicitaires qui s’envolent au moindre coup de vent soutenu… On parle d’infrastructures sportives ou de décors de cinéma en carton-pâte ? Même les enceintes dites « modernes » n’offrent aucune garantie réelle quand souffle la tempête. La FAF le sait, les clubs le savent, les supporters le savent depuis des années. Et pourtant, rien – ou si peu – n’a bougé.

Cette suspension massive n’est pas une simple mesure de précaution : c’est un réquisitoire contre des décennies de négligence, de corruption larvée dans les marchés de construction, de priorisation des enveloppes pour les salaires faramineux plutôt que pour des drains efficaces, des toitures solides et des normes antisismiques/anti-vent dignes de ce nom. Le calendrier, déjà asphyxié par une programmation absurde, va maintenant devoir avaler ces reports en urgence, avec des matchs en semaine, des joueurs épuisés, des blessures en cascade… Et si la prochaine alerte météo tombe pendant un « big match » ? On reportera encore ? Ou on jouera quand même, au nom du « spectacle » et des droits TV ?

La tempête a fait plus que plier quelques arbres : elle a dénudé le mensonge d’un football algérien « en progrès ». En réalité, il reste dramatiquement vulnérable, exposé au moindre caprice climatique, et incapable de protéger ceux qui le font vivre – joueurs, arbitres, staffs, supporters. La FAF peut bien communiquer sur sa « vigilance » ; les faits sont têtus : sans investissements massifs et urgents dans des infrastructures résilientes, la prochaine « mesure exceptionnelle » pourrait bien s’appeler bilan humain.

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