Affaire Gara Djebilet : Quand l’expertise technique se heurte au « mur du silence »

Affaire Gara Djebilet : Quand l’expertise technique se heurte au « mur du silence »

La polémique enfle autour du projet minier de Gara Djebilet. L’interpellation de l’expert Djelloul Slama, suite à ses réserves sur la viabilité économique du « projet du siècle », soulève une vague d’indignation et relance le débat sur la liberté d’expression technique en Algérie.
C’est une affaire qui secoue les états-majors politiques autant que les cercles académiques. Alors que le gouvernement multiplie les annonces triomphales sur le lancement de la ligne ferroviaire minière Gara Djebilet-Béchar, une ombre épaisse vient d’obscurcir le tableau : l’arrestation de l’ingénieur Djelloul Slama. Le tort de cet expert ? Avoir osé un audit citoyen sur les réseaux sociaux. Dans une série de publications largement partagées, Slama a pointé du doigt les « angles morts » d’un investissement de plusieurs milliards de dollars. Entre les coûts de transport prohibitifs à travers le Sahara et les défis techniques liés à la forte teneur en phosphore du minerai, l’expert a questionné la compétitivité réelle du fer algérien sur le marché mondial.
« On ne répond pas à des algorithmes par des menottes », s’insurge un universitaire proche du dossier. Pour beaucoup, cette mesure est perçue comme un signal inquiétant envoyé à la communauté scientifique nationale : le débat technique est désormais une zone rouge. Si aucune communication officielle n’a encore détaillé les charges exactes, des sources judiciaires évoquent des soupçons de « diffusion d’informations susceptibles de porter atteinte à l’intérêt national ». Un motif élastique qui transforme ici une divergence de vue économique en une affaire de sécurité d’État.
Sur la toile, la riposte ne s’est pas fait attendre. Le hashtag #Libérez_Slama cristallise la colère d’une jeunesse diplômée qui refuse de voir l’expertise sacrifiée sur l’autel de la communication politique. Le projet de Gara Djebilet, pilier de la stratégie de diversification nationale, est vital pour le pays. Mais à quel prix ? En privant le projet de regard critique, les autorités s’exposent au risque de l’erreur stratégique. Alors que l’Algérie aspire à rejoindre le concert des grandes nations émergentes, cette affaire pose une question fondamentale : peut-on construire une économie forte sans une expertise indépendante capable d’alerter sans crainte ? L’opinion publique, elle, attend des réponses chiffrées, pas des mesures de coercition.

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