Ségolène Royal à Alger : une visite controversée qui interroge la complaisance face à un régime inflexible

Ségolène Royal à Alger : une visite controversée qui interroge la complaisance face à un régime inflexible

Au cœur d’une crise diplomatique franco-algérienne qui s’enlise depuis des mois – l’une des plus graves depuis les années 1990 –, Ségolène Royal, ex-ministre socialiste, ex-candidate à l’élection présidentielle de 2007 et actuelle présidente de l’Association France-Algérie (AFA) depuis décembre 2025, s’est rendue à Alger du 27 au 30 janvier 2026. Le Quai d’Orsay, dirigé par Stéphane Séjourné, s’est empressé de préciser qu’il s’agissait d’une « initiative personnelle », sans mandat officiel, soulignant la volonté de l’Élysée d’Emmanuel Macron de se désolidariser d’une démarche jugée politiquement sensible dans un contexte de gel diplomatique quasi total.

Les tensions se sont cristallisées autour de plusieurs dossiers précis. Le premier reste la les expulsions croisées de diplomates décidées par Paris et Alger, la suspension de fait de la coopération migratoire – avec un blocage massif des OQTF malgré les engagements pris par le ministre algérien de l’Intérieur Ibrahim Merad – et l’ouverture, à l’Assemblée nationale française, de travaux menés notamment par Aurélien Taché et Guillaume Kasbarian sur les coûts de l’immigration algérienne.

Le dossier le plus explosif reste toutefois celui de Christophe Gleizes, journaliste français condamné en décembre 2025 à sept ans de prison ferme par le tribunal de Tizi-Ouzou pour « apologie du terrorisme », après des soupçons de contacts avec des cadres du MAK, mouvement kabyle classé organisation terroriste par décret du président Abdelmadjid Tebboune en 2021. Cette condamnation a été dénoncée par Reporters sans frontières (RSF), Amnesty International et la Fédération internationale des journalistes (FIJ) comme politiquement motivée.

Malgré ce contexte, Ségolène Royal a été reçue personnellement par Abdelmadjid Tebboune au Palais d’El Mouradia. Elle a déclaré que le président algérien se montrait « prêt au dialogue dès lors que le respect et la considération mutuelle sont au rendez-vous ». Elle a ensuite rencontré des représentants du patronat algérien au siège de la Chambre de commerce et d’industrie algéro-française (CCIAF), avertissant que « si la France persiste dans l’attentisme, elle sera définitivement marginalisée face à la Chine, la Turquie et la Russie ».

Sur le fond, Royal a surtout insisté sur les gestes attendus de la France : restitution du canon Baba Merzoug (conservé au musée de la Marine à Brest), retour des crânes de résistants algériens détenus au Musée de l’Homme à Paris, rapatriement des archives coloniales conservées au Centre des archives d’outre-mer d’Aix-en-Provence, et transmission intégrale du dossier des essais nucléaires français menés à Reggane et In Ekker entre 1960 et 1966, sous la responsabilité du général Pierre Messmer, alors ministre des Armées.

Le moment le plus médiatisé de la visite reste l’entretien accordé par Royal à Christophe Gleizes, le 30 janvier 2026, à la prison de Koléa, après autorisation exceptionnelle du ministre algérien de la Justice Abderrachid Tabi. Le transfert préalable du journaliste depuis Tizi-Ouzou a été présenté comme un « geste humanitaire », mais aucune décision de remise en liberté n’a été envisagée par la justice algérienne.

En France, la réaction politique a été immédiate. Charles Rodwell (député Renaissance) a parlé de « trahison d’État ». Pierre Lellouche (ancien ministre des Affaires européennes sous Nicolas Sarkozy) a dénoncé une « diplomatie parallèle dangereuse ». Philippe de Villiers a fustigé une « humiliation nationale ». Sur CNews, Pascal Praud et Sonia Mabrouk ont accusé Royal de « servir la propagande d’Alger ». La sénatrice Valérie Boyer a demandé la suspension des financements publics de l’AFA. Éric Zemmour et Jordan Bardella ont évoqué une « capitulation morale ».

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