Mali : le JNIM relance son blocus étouffant – Des dizaines de camions-citernes incendiés, Bamako au bord de la panne sèche avant le Ramadan
Une nouvelle embuscade spectaculaire a frappé l’ouest du Mali, rappelant brutalement que la junte au pouvoir n’a toujours pas dompté la menace jihadiste ni sécurisé les artères vitales du pays. Entre Diboli, poste-frontière avec le Sénégal, et Kayes, principal nœud logistique de la région, un convoi massif de camions-citernes transportant du carburant a été pris pour cible par les combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Selon des sources locales concordantes et des rapports croisés (AFP, Jeune Afrique, Le Monde), plusieurs dizaines de citernes – certaines estimations évoquant plus de 40, voire une cinquantaine – ont été entièrement réduites en cendres dans un incendie ravageur.
Le bilan humain provisoire fait état d’au moins trois militaires maliens tués et quatre assaillants neutralisés lors des échanges de tirs intenses. Le JNIM, dans un communiqué revendiquant l’opération, parle uniquement d’une embuscade réussie contre un convoi de l’armée malienne (FAMa), sans mentionner explicitement les camions-citernes – une discrétion classique pour accentuer l’effet psychologique et économique plutôt que propagandiste.
Ce qui rend l’attaque particulièrement humiliante pour la junte, c’est le lieu : l’axe Diboli-Kayes, reliant le Mali au Sénégal, était jusqu’ici considéré comme relativement épargné par ce type de sabotages massifs. Depuis des mois, les autorités avaient concentré leurs efforts de sécurisation sur le corridor sud (Côte d’Ivoire), suspendant même les escortes systématiques sur la route ouest pour redéployer les moyens ailleurs. Erreur stratégique majeure. Les autorités misaient sur ce répit pour reconstituer les stocks nationaux avant le début du Ramadan (mi-février 2026), en accélérant les convois et en renforçant les escortes armées – y compris avec l’appui des paramilitaires de l’Africa Corps.
Le JNIM a patiemment attendu cette fenêtre de vulnérabilité pour frapper au cœur du dispositif. Résultat : un coup dur mortel porté à la logistique étatique, à quelques semaines seulement d’une période où la demande en carburant explose (déplacements, générateurs, commerce).
Le Mali, pays enclavé sans production pétrolière significative, dépend à 100 % des importations routières via le Sénégal, la Côte d’Ivoire, voire le Niger. Depuis septembre 2025, le JNIM mène une campagne méthodique de blocus économique : attaques répétées sur les convois, menaces directes aux transporteurs, destruction ciblée des citernes. À l’automne 2025, Bamako a connu des files interminables aux stations-service, une flambée des prix au noir, une paralysie des transports, des coupures d’électricité et un ralentissement brutal de l’activité commerciale et administrative.
Même si la situation s’était partiellement stabilisée fin 2025 grâce à des convois massifs sous forte escorte et à une diversification des itinéraires, cette nouvelle frappe démontre que l’équilibre reste extrêmement précaire. Chaque convoi détruit = des millions de litres partis en fumée, des semaines de stocks envolés, et une pression accrue sur les réserves stratégiques.
Côté sénégalais, l’onde de choc est immédiate : syndicats de transporteurs et autorités appellent à suspendre les départs vers le Mali. À Kidira, point de passage clé, les chauffeurs attendent des garanties de sécurité avant de reprendre la route – un risque que beaucoup qualifient désormais d’« opération quasi suicidaire ».
L’Office malien des produits pétroliers (OMPP) affirme disposer de « stocks importants » et minimise l’impact immédiat sur la distribution. Classique rhétorique de crise. En réalité, le système est sous tension permanente : accords avec importateurs, rationnement naissant, recours accru aux escortes privées et militaires… tout cela ne fait que retarder l’inévitable si les attaques se poursuivent à ce rythme.
Pour la junte dirigée par Assimi Goïta, ce nouvel épisode est un désaveu cinglant. Après des mois de discours triomphalistes sur la « sécurisation » du territoire et la coopération russo-maliene, voilà que le nerf logistique du pays – le carburant – redevient l’arme la plus efficace des jihadistes pour asphyxier l’État et retourner l’opinion contre le pouvoir.
Le JNIM ne se contente plus de tenir le rural : il frappe désormais là où ça fait mal, au portefeuille et au moral national. Avant le Ramadan, Bamako risque de revivre les scènes de pénurie aiguë de l’automne 2025… à moins d’un miracle logistique ou d’une riposte militaire décisive – ce que l’histoire récente incite à douter.
Le blocus étrangleur est de retour. Et cette fois, il vise directement la gorge de la junte.
