Liban : Nawaf Salam promet la reconstruction d’un Sud meurtri, sous la menace persistante des frappes israéliennes

Liban : Nawaf Salam promet la reconstruction d’un Sud meurtri, sous la menace persistante des frappes israéliennes

Plus d’un an après la fin officielle des hostilités, le sud du Liban reste un territoire sinistré, figé dans un paysage de ruines et de villages désertés. En visite samedi dans plusieurs localités frontalières ravagées par les bombardements israéliens, le Premier ministre libanais Nawaf Salam a promis d’engager un vaste chantier de reconstruction, tout en reconnaissant l’ampleur d’une catastrophe humaine, économique et territoriale sans précédent.

À Tayr Harfa, Yarine, Dhayra et Bint Jbeil, des villes situées à quelques kilomètres de la frontière israélienne, le chef du gouvernement a pu mesurer l’étendue des destructions : quartiers entiers rasés, infrastructures anéanties, routes impraticables, réseaux d’eau et de télécommunications hors service. « Ce qui s’est produit ici est une véritable catastrophe », a-t-il déclaré, devant des habitants rassemblés sur les gravats de leurs maisons.

Cette visite revêtait une portée hautement symbolique : elle est la première effectuée par un Premier ministre dans cette zone depuis que l’armée libanaise a annoncé, en janvier, avoir achevé le désarmement du Hezbollah entre le fleuve Litani et la frontière israélienne, conformément aux engagements pris dans l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024.

Aux termes de cet accord, qui avait mis fin à plus d’un an d’affrontements – dont deux mois de guerre ouverte –, le gouvernement libanais s’est engagé à reprendre le contrôle sécuritaire du sud du pays. L’armée affirme avoir neutralisé l’arsenal du Hezbollah dans la bande frontalière, longue d’une trentaine de kilomètres, marquant une étape décisive dans la restauration de la souveraineté de l’État.

Mais cette dynamique reste fragile. La deuxième phase du plan de désarmement concerne désormais la zone comprise entre les fleuves Litani et Awali, aux portes sud de Beyrouth, un espace stratégique où la présence militaire du Hezbollah demeure dense. Le mouvement chiite, tout en participant aux institutions, continue de rejeter toute reddition complète de ses armes, invoquant la « menace permanente » d’Israël.

De son côté, l’État hébreu se montre sceptique. Les autorités israéliennes accusent le Hezbollah de se reconstituer militairement et estiment les efforts de l’armée libanaise insuffisants. Malgré le cessez-le-feu, Israël poursuit des frappes régulières dans le sud du Liban, ciblant ce qu’il présente comme des positions ou dépôts du mouvement chiite, tout en maintenant des troupes dans cinq zones stratégiques.

C’est dans ce climat d’instabilité que Nawaf Salam a promis le lancement de projets prioritaires de reconstruction, notamment la réhabilitation des routes, le rétablissement des réseaux d’eau potable et de télécommunications, ainsi que la remise en état des services publics de base.

La tâche s’annonce colossale. La Banque mondiale a débloqué 250 millions de dollars pour soutenir la reconstruction post-guerre, mais estime les besoins globaux à près de 11 milliards de dollars pour relancer durablement l’économie et réparer les infrastructures détruites. Un chiffre qui dépasse largement les capacités financières d’un État libanais déjà étranglé par une crise économique structurelle, une dette abyssale et l’effondrement de ses institutions.

Pire encore, selon plusieurs responsables libanais, Israël chercherait délibérément à entraver toute dynamique de reconstruction, en menant des frappes répétées contre des engins de chantier et des zones en cours de déblaiement, maintenant ainsi le sud dans un état de vulnérabilité permanente.

La visite de Nawaf Salam, ponctuée de rencontres avec des élus locaux, y compris des députés du Hezbollah et du mouvement Amal, témoigne d’une volonté de rétablir un minimum de cohésion nationale autour du dossier du sud. Mais elle révèle aussi les limites de l’action gouvernementale face à un conflit toujours latent.

Entre les promesses de reconstruction, la fragilité du cessez-le-feu et les pressions croisées des acteurs régionaux, le sud du Liban demeure suspendu à une équation insoluble : comment rebâtir un territoire sans sécurité durable, comment restaurer la souveraineté sans consensus politique, et comment convaincre une population meurtrie de croire encore en un avenir qui, chaque jour, peut de nouveau s’effondrer sous les bombes.

Partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *