Yémen : Des milliers de sudistes manifestent contre le retour de Rachad al-Alimi à Aden – un cri de révolte après la défaite militaire du CTS

Yémen : Des milliers de sudistes manifestent contre le retour de Rachad al-Alimi à Aden – un cri de révolte après la défaite militaire du CTS

Aden, 7 février 2026 – Au lendemain d’une semaine particulièrement agitée, des milliers de Sud-Yéménites ont de nouveau investi les rues, transformant plusieurs quartiers d’Aden et surtout le district historique de Radfan, dans le gouvernorat de Lahj, en un vaste théâtre de contestation. Le motif central de cette mobilisation massive ? Le retour, perçu comme une provocation, de Rachad al-Alimi, président du Conseil présidentiel yéménite soutenu par Riyad, dans la capitale provisoire du pays, Aden.

Organisées sous l’égide – officielle ou clandestine – du Conseil de transition du Sud (CTS) dirigé par Aidarous al-Zoubaidi, ces manifestations ont réuni des foules impressionnantes, venues de Lahj, d’Aden, mais aussi de zones plus éloignées. Les participants, pour la plupart jeunes et déterminés, brandissaient fièrement le drapeau tricolore rouge-blanc-bleu de l’ancienne République populaire démocratique du Yémen, symbole intact de l’indépendance sudiste perdue en 1990. Les slogans fusaient sans relâche : « Aden n’est pas à vendre », « Al-Zoubaidi ou rien », « Non aux Dahabesha à Aden », tandis que des banderoles condamnaient explicitement l’influence saoudienne et appelaient à chasser toute autorité venue du nord.

Au cœur de Radfan, berceau symbolique de la résistance sudiste depuis les années 1960, la place des Martyrs s’est transformée en forum populaire. Là, les orateurs se sont succédé pour renouveler solennellement le mandat conféré à Aidarous al-Zoubaidi : celui de conduire la « phase actuelle de la lutte sudiste » face à ce qu’ils qualifient de tentative de reconquête et de marginalisation. Dans le même souffle, la foule a réclamé trois mesures immédiates : le retour sans entrave de la délégation du CTS exilée, la levée de toutes les restrictions imposées au mouvement, et surtout la libération sans condition du ministre de la Défense Mohsen al-Daari, arrêté dans le sillage de la crise de janvier.

Cette vague de protestation ne surgit pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une séquence d’événements dramatiques qui ont secoué le sud du Yémen depuis l’automne 2025. Tout a commencé par une offensive éclair du CTS, fin décembre, qui lui avait permis de s’emparer des provinces orientales riches en pétrole et en gaz – l’Hadramaout et Al-Mahra en tête –, ravivant chez beaucoup l’espoir d’une restauration de l’État sudiste. Mais cette avancée fulgurante a provoqué une riposte militaire saoudienne d’une rare intensité : frappes aériennes massives, progression terrestre coordonnée avec les forces pro-Riyad, reprise progressive des territoires contestés.

Début janvier 2026, Rachad al-Alimi a proclamé la victoire : reprise totale du contrôle sur Aden, sur l’Hadramaout et sur les zones stratégiques du sud. Dans la foulée, il a décrété l’état d’urgence, ordonné le retrait définitif des dernières unités émiraties et destitué Aidarous al-Zoubaidi du Conseil présidentiel pour « haute trahison ». Ce dernier, selon plusieurs sources concordantes, aurait quitté le territoire yéménite par un itinéraire discret (Somaliland puis Abu Dhabi). Peu après, une délégation du CTS présente à Riyad a annoncé la dissolution officielle du mouvement – une décision immédiatement contestée par d’autres factions et rejetée en bloc par la base populaire.
Malgré ces revers successifs, la contestation n’a jamais vraiment cessé. Des sit-in ont éclaté à Khor Maksar, des sièges du CTS ont été fermés puis rouverts de force, des accusations mutuelles ont fusé entre Riyad et Abou Dhabi. Al-Alimi, de son côté, a multiplié les interventions pour réaffirmer l’unité nationale sous commandement central. Il a annoncé la création d’un Comité militaire suprême chargé d’unifier toutes les forces au sud et promis une « conférence de dialogue sudiste » sous parrainage saoudien – une initiative accueillie avec scepticisme, voire hostilité, par une grande partie des manifestants.

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