Hezbollah : la démission de Wafiq Safa acte un tournant stratégique au sein de l’appareil sécuritaire

Hezbollah : la démission de Wafiq Safa acte un tournant stratégique au sein de l’appareil sécuritaire

Le Hezbollah libanais a officiellement accepté, vendredi, la démission de Wafiq Safa, l’un de ses plus hauts responsables sécuritaires, marquant un événement inédit dans l’histoire récente du mouvement. Selon des sources proches du groupe citées par Reuters, il s’agit de la première fois qu’un cadre de ce rang quitte ses fonctions dans un contexte présenté comme une « restructuration interne ».

Figure centrale de l’appareil sécuritaire du Hezbollah, Wafiq Safa dirigeait l’unité de liaison et de coordination, un organe stratégique chargé d’assurer les relations avec les différents services de sécurité libanais. Son rôle faisait de lui un interlocuteur clé entre le parti chiite et l’État libanais, dans un pays où l’équilibre entre institutions officielles et forces partisanes reste particulièrement fragile.

La démission de Safa intervient dans un contexte de profondes mutations internes, consécutives aux lourdes pertes subies par le Hezbollah lors du conflit de l’année dernière avec Israël. Une source interne affirme que cette décision s’inscrit dans une vaste opération de réorganisation visant à adapter la structure du mouvement aux nouveaux défis militaires et politiques. Pour lui succéder, le commandant du Sud, Hussein Abdullah, a été désigné, signe d’un recentrage possible sur les priorités opérationnelles.

Wafiq Safa avait échappé de peu à une tentative d’assassinat attribuée à Israël en octobre 2024, ce qui avait renforcé son aura au sein du mouvement. Né en 1960, il était également connu pour avoir supervisé les négociations ayant abouti à l’accord de 2008, par lequel le Hezbollah avait échangé les corps de soldats israéliens capturés en 2006 contre des prisonniers libanais détenus en Israël. Cet épisode faisait suite à la guerre de 34 jours entre les deux camps, l’un des conflits les plus violents de leur histoire récente.

Depuis le cessez-le-feu négocié en 2024 sous médiation américaine, Israël et le Hezbollah s’accusent mutuellement de violations répétées. Malgré l’arrêt officiel des hostilités, la situation demeure explosive. Les frappes israéliennes ont considérablement affaibli le mouvement, tandis que le Liban subit une pression croissante de la part de Washington et de Tel-Aviv pour accélérer le désarmement du Hezbollah.

Fondé en 1982 par les Gardiens de la révolution iraniens, le Hezbollah demeure la seule force armée libanaise à avoir conservé son arsenal après la fin de la guerre civile (1975-1990). Officiellement justifié par la « résistance » contre Israël, cet arsenal est aujourd’hui au cœur d’un bras de fer diplomatique et sécuritaire, dans un pays déjà exsangue économiquement et politiquement.

La démission de Wafiq Safa, au-delà de sa portée symbolique, révèle surtout les tensions internes et les recompositions en cours au sein du Hezbollah. Elle illustre un moment charnière où le mouvement, confronté à l’usure militaire, à la pression internationale et à la fragilité du Liban, semble contraint de repenser son organisation et, peut-être, sa stratégie à long terme.

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