Shafiqur Rahman s’apprête à conquérir le pouvoir et à transformer le Bangladesh en État islamique ?
À quelques jours seulement du scrutin du 12 février 2026, le Bangladesh se trouve à un carrefour historique. Dr. Shafiqur Rahman, Ameer (président) du Bangladesh Jamaat-e-Islami – le principal parti islamiste du pays –, multiplie les meetings géants et les promesses ambitieuses. À la tête d’une alliance de 11 partis (incluant la National Citizen Party des leaders étudiants du soulèvement de 2024 comme Nahid Islam), il se présente comme l’homme providentiel capable de « changer le visage du pays en cinq ans ».
Dans ses discours récents à Sylhet, Dhaka et ailleurs, Shafiqur Rahman répète inlassablement : « Si le peuple nous confie la responsabilité, le Bangladesh sera transformé en cinq ans. Nous réaliserons le rêve des jeunes, des mères et des sœurs. » Il promet un gouvernement sans corruption, la récupération des fonds pillés (y compris les 28,5 lakh crore de taka prétendument envoyés à l’étranger sous l’ancien régime), la fin des pots-de-vin, des hôpitaux spécialisés dans chaque district, une croissance économique explosive visant 2 000 milliards de dollars d’ici 2040 et un revenu par habitant de 10 000 dollars.
Mais derrière ces slogans de justice sociale, de moralité renouvelée et d’« État providence sans discrimination », beaucoup voient poindre un projet bien plus radical : l’instauration progressive d’un ordre islamique qui remettrait en cause la laïcité constitutionnelle du Bangladesh. Le Jamaat-e-Islami n’a jamais renoncé à son objectif historique d’une société régie par les principes islamiques. Si le parti a adouci son discours – promettant par exemple de ne pas imposer la charia (Sharia), d’assurer la sécurité des hindous (« aucun hindou ne sera forcé de partir en Inde », jure Shafiqur Rahman), et même d’inclure « un nombre significatif de femmes » au cabinet dans son manifeste électoral de 41 points –, les contradictions sautent aux yeux.
Le même leader a suscité un tollé national en déclarant récemment que les femmes ne pouvaient pas diriger son parti pour des raisons religieuses, et que le Jamaat n’a présenté aucune candidate femme aux élections. Des propos sur la limitation du travail des femmes (surtout après maternité) ou sur les « rôles distincts » créés par Allah pour les hommes et les femmes ont alimenté les craintes d’un recul des droits féminins, dans un pays où l’industrie du textile repose massivement sur la main-d’œuvre féminine.
Pour les minorités religieuses (hindous, chrétiens, bouddhistes), les laïcs et une partie de la jeunesse urbaine, l’ascension possible du Jamaat représente un danger existentiel : passage d’un Bangladesh séculariste à un État où l’islam dicterait progressivement les lois, les mœurs et les libertés individuelles. Les opposants rappellent le passé controversé du parti (alliances avec des régimes autoritaires, accusations de violences en 1971 et plus récemment).
Shafiqur Rahman, ancien prisonnier politique, ancien professeur de médecine et figure charismatique en tunique blanche, répond à ces accusations en se posant en garant de la « justice pour tous » et en intégrant des figures du soulèvement anti-Hasina pour élargir sa base. Il a même promis un poste ministériel à Nahid Islam si ce dernier remporte sa circonscription.
Les urnes trancheront. Mais une chose est sûre : le vent de l’histoire souffle fort sur Dhaka en ce début 2026.
