Élection au Japon: Takaichi vise 300 sièges pour verrouiller durablement le pouvoir

Élection au Japon: Takaichi vise 300 sièges pour verrouiller durablement le pouvoir

Les Japonais sont appelés aux urnes ce dimanche pour des élections législatives anticipées à fort enjeu politique. En dissolvant la Chambre basse en janvier dernier, la Première ministre Sanae Takaichi a pris un pari risqué : transformer sa popularité personnelle en un mandat politique solide pour relancer un Parti libéral-démocrate (PLD) fragilisé par les scandales et l’usure du pouvoir.

Première femme à diriger durablement le gouvernement japonais, Takaichi mise sur son image de dirigeante énergique, nationaliste assumée et proche des préoccupations d’une jeunesse inquiète pour l’avenir économique du pays. Mais derrière cette popularité se cache une réalité plus complexe : le PLD, qui domine la vie politique japonaise depuis près de soixante-dix ans, traverse l’une de ses périodes les plus délicates, affaibli par des affaires de financement illégal et une défiance croissante de l’opinion publique.

Selon les derniers sondages, le PLD devrait néanmoins conserver largement sa majorité. Les instituts d’opinion estiment que le parti pourrait atteindre, avec son allié de coalition – le Parti de l’innovation japonais – entre 280 et 310 sièges sur les 465 que compte la Chambre basse. Un tel résultat permettrait à la coalition gouvernementale d’obtenir une majorité des deux tiers, seuil stratégique qui autorise le passage en force de certains textes malgré l’opposition de la Chambre haute.

Une victoire de cette ampleur représenterait le meilleur score du PLD depuis l’ère Shinzo Abe en 2017. Mentor politique de Takaichi, Abe demeure une figure tutélaire du conservatisme japonais, dont l’assassinat en 2022 a profondément marqué le pays. Takaichi se revendique ouvertement de son héritage : renforcement de l’armée, réforme constitutionnelle, discours nationaliste et ligne dure face à la Chine et à la Corée du Nord.

Face au PLD, l’opposition peine toujours à s’unir. La nouvelle Alliance réformiste centriste, censée incarner une alternative crédible, souffre d’un manque de leadership et d’un programme jugé flou. À l’extrême droite, le parti Sanseito tente de capter la colère sociale, mais reste marginal à l’échelle nationale.

Cette faiblesse structurelle de l’opposition explique en grande partie la domination persistante du PLD, malgré la lassitude d’une partie de l’électorat. Le taux de participation, historiquement faible au Japon, sera un indicateur clé : une abstention élevée pourrait masquer une victoire en trompe-l’œil pour le pouvoir.

Sanae Takaichi ne cache pas l’enjeu personnel de ce scrutin. Elle a promis de démissionner si le PLD n’obtenait pas la majorité absolue, transformant l’élection en véritable plébiscite sur son leadership. En cas de large victoire, elle disposerait d’un boulevard politique pour imposer son agenda : augmentation du budget militaire, réforme de la Constitution pacifiste, durcissement migratoire et politique économique plus protectionniste.

Pour ses partisans, elle incarne le renouveau d’un Japon fort et souverain. Pour ses détracteurs, elle représente un glissement inquiétant vers une droite nationaliste autoritaire, susceptible d’isoler le pays sur la scène internationale.

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