Le scandale Epstein relance les soupçons autour d’un haut responsable émirati : la « vidéo de torture » et les liens avec la famille Al Nahyan

Le scandale Epstein relance les soupçons autour d’un haut responsable émirati : la « vidéo de torture » et les liens avec la famille Al Nahyan

En février 2026, de nouvelles révélations issues des fichiers Epstein, partiellement déclassifiés par le Département de la Justice américain (DOJ), ont secoué la sphère internationale. Le représentant républicain du Kentucky, Thomas Massie, a été au centre de cette tempête médiatique. Après avoir consulté plusieurs documents non caviardés du DOJ, Massie a annoncé sur la plateforme X (ex-Twitter) avoir identifié l’expéditeur d’un email glaçant adressé à Jeffrey Epstein en avril 2009 : Sultan Ahmed bin Sulayem, PDG et président de DP World, l’un des géants mondiaux de la logistique portuaire basé à Dubaï et proche des cercles dirigeants des Émirats arabes unis.

L’échange, daté du 24 avril 2009, contient une phrase particulièrement troublante d’Epstein :
(« Où es-tu ? Ça va ? J’ai adoré la vidéo de torture. »)

Massie a déterminé que l’email provenait de bin Sulayem en effectuant une recherche inversée sur l’adresse électronique et en recoupant les informations avec d’autres documents récemment déclassifiés. Le DOJ n’a pas contesté cette identification et a, de manière tacite, confirmé l’identité de bin Sulayem en levant partiellement le caviardage sur plus de 5 000 mentions de son nom dans l’ensemble des fichiers Epstein. Cet échange n’était pas isolé : la relation entre Epstein et bin Sulayem s’étend sur plus d’une décennie, incluant des discussions d’affaires, des échanges de contacts influents, des visites potentielles sur l’île privée de Little Saint James, et des messages à connotation sexuelle explicite.

Le contenu exact de la fameuse « vidéo de torture » est étroitement lié au contexte temporel de l’email. Deux jours avant l’échange, le 22 avril 2009, la chaîne américaine ABC News a diffusé une vidéo de 45 minutes montrant le cheikh Issa bin Zayed Al Nahyan, demi-frère du président actuel des Émirats arabes unis Mohammed bin Zayed Al Nahyan (MBZ), en train de torturer un commerçant afghan nommé Mohammed Shah Poor. La vidéo, filmée par un associé d’affaires du cheikh, Bassam Nabulsi, montre une violence extrême : Issa bin Zayed frappe la victime avec une planche cloutée, lui brûle les parties génitales avec un briquet, l’électrocute à l’aide d’un aiguillon pour bétail, lui enfonce du sable dans la bouche, avant de l’écraser à plusieurs reprises sous les roues d’un SUV Mercedes. Le prétexte invoqué était un différend commercial. La diffusion de cette vidéo avait provoqué un scandale international, ternissant l’image des Émirats et soulevant des questions sur l’impunité des membres de la famille régnante. L’enquête interne menée par les autorités émiraties s’était conclue de manière extrêmement clémente, sans poursuites publiques significatives contre Issa bin Zayed.

Selon les analyses médiatiques et les commentaires de 2026, la « vidéo de torture » mentionnée par Epstein n’était très probablement pas une production privée envoyée par bin Sulayem, mais bien la vidéo diffusée publiquement par ABC News. Le fait qu’Epstein et un haut responsable émirati comme bin Sulayem puissent commenter avec un tel détachement un enregistrement aussi brutal révèle une proximité troublante et un goût partagé pour des contenus extrêmes. Ces échanges illustrent également l’importance pour Epstein de cultiver des liens avec des figures influentes du Golfe, accumulant des matériaux compromettants et choquants.

Les documents du DOJ montrent que la relation entre Epstein et bin Sulayem incluait bien plus que des messages occasionnels. Ils abordaient des discussions sur des transactions commerciales et politiques, des contacts dans des milieux d’influence, ainsi que des messages à connotation sexuelle explicite. Certains médias et militants arabes ont évoqué des allégations encore plus graves, mentionnant une lettre de 2011 dans laquelle bin Sulayem proposerait des dispositifs de suivi GPS pour « enfants » et clients dans le cadre du réseau Epstein, une information qui nécessite cependant une vérification rigoureuse dans les sources primaires publiques.

Le lien avec la famille Al Nahyan, et donc avec Mohammed bin Zayed, est à la fois familial et politique. Issa bin Zayed est le demi-frère de MBZ, l’homme fort des Émirats depuis de nombreuses années et président depuis 2022. Sultan Ahmed bin Sulayem, dirigeant de DP World – un outil stratégique de la puissance économique et diplomatique émiratie – évolue au plus près du pouvoir d’Abou Dhabi. La mise en lumière de ses échanges avec Epstein soulève de nouvelles interrogations sur les connexions internationales des élites du Golfe, sur leur exposition à des réseaux criminels et sur les mécanismes d’impunité qui semblent les protéger.

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