« Guerre à la France » : un haut gradé nigérien appelle à la mobilisation populaire dans un discours incendiaire

« Guerre à la France » : un haut gradé nigérien appelle à la mobilisation populaire dans un discours incendiaire

Niamey, 13 février 2026 – Dans un stade de la capitale nigérienne bondé de jeunes élèves et étudiants, le général Amadou Ibro, chef d’état-major particulier du président de la transition Abdourahamane Tiani, a prononcé mercredi 11 février un discours qui a immédiatement fait le tour des réseaux sociaux. Devant une foule scandant « À bas la France ! », il a lancé sans détour : « Sachez-le, on va entrer en guerre avec la France. On n’était pas en guerre, c’est maintenant qu’on va en guerre avec la France. »

Ces propos, prononcés en français pour toucher un large public, ne sont pas une simple sortie isolée. Le général Ibro a explicitement présenté ce rassemblement comme une mobilisation préparatoire : « Cette mobilisation, elle est faite, elle est décrétée afin qu’on se prépare pour la guerre avec la France. » Il a justifié cette rhétorique belliqueuse par une accusation lourde : selon lui, le Niger serait responsable de la « mauvaise situation » économique en France, en raison de la rupture des liens historiques et de la reprise en main des ressources minières, notamment l’uranium.
La métaphore employée par le haut gradé a particulièrement marqué les esprits : « Vous ne pouvez pas empêcher quelqu’un qui voit de la nourriture devant lui de manger, alors que vous la mangez sous ses yeux en lui disant qu’il n’a pas le droit d’y toucher. » Une image destinée à illustrer ce que la junte qualifie d’exploitation coloniale persistante par Paris, malgré l’indépendance du Niger depuis 1960.

Ce discours s’inscrit dans une escalade continue des tensions bilatérales depuis le coup d’État du 26 juillet 2023. Après avoir exigé et obtenu le retrait des troupes françaises fin 2023, le régime militaire a multiplié les accusations contre Paris : ingérence, soutien présumé à des groupes jihadistes (y compris une allégation récente liant Emmanuel Macron à l’attaque de l’aéroport de Niamey fin janvier 2026), et tentative de déstabilisation permanente. Le Niger, membre de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Mali et le Burkina Faso, a par ailleurs diversifié ses partenariats, notamment vers la Russie, tout en rompant avec la CEDEAO et en adoptant une posture souverainiste radicale.

Au cœur du contentieux : l’uranium, dont le Niger est le premier producteur africain et qui alimente une part significative du parc nucléaire français. En juin 2025, la junte a nationalisé la mine de Somaïr, exploitée jusque-là par la filiale locale d’Orano (ex-Areva, contrôlée à 90 % par l’État français). Malgré une décision du tribunal arbitral de la Banque mondiale interdisant la vente du stock saisi, Niamey a commencé à exporter l’uranium sur le marché international fin 2025, provoquant une plainte d’Orano pour expropriation et des contre-accusations nigériennes de pollution radioactive et de « crimes environnementaux ». Cette bataille économique alimente directement la narrative anti-française du régime.

Du côté français, la réponse est immédiate et ferme. Le colonel Guillaume Vernet, porte-parole de l’état-major des armées, a qualifié ces déclarations de relève d’une « guerre de l’information » menée par la junte pour consolider son emprise interne. « Il n’est pas question que la France intervienne au Niger », a-t-il insisté, rappelant que les forces tricolores ont quitté le pays depuis plus de deux ans et que Paris n’a aucune intention militaire dans la région. Les autorités françaises dénoncent régulièrement une propagande orchestrée pour détourner l’attention des défis sécuritaires (insécurité jihadiste persistante dans le nord et l’ouest) et socio-économiques du Niger.

Pour l’heure, aucun élément concret ne suggère une préparation effective à un conflit armé direct. Les experts s’accordent à voir dans ce discours un outil classique de mobilisation patriotique : galvaniser la jeunesse autour d’un ennemi extérieur historique, renforcer la légitimité de la transition militaire et masquer les difficultés internes. Reste que la répétition de tels propos – associés à des accusations explosives – ferme davantage les portes d’un dialogue futur et risque d’isoler davantage le Niger sur la scène internationale.

Alors que la vidéo du général Ibro continue de circuler massivement sur les réseaux, la question se pose : s’agit-il d’une surenchère rhétorique destinée à durer, ou d’un signal plus alarmant dans une région déjà instable ? Pour l’instant, la « guerre » semble se limiter aux mots – mais dans le Sahel, les mots ont souvent un poids stratégique lourd.

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