Emmanuel Macron : « L’Europe doit être à la table des négociations avec la Russie »

Emmanuel Macron : « L’Europe doit être à la table des négociations avec la Russie »

Bruxelles – Le président français Emmanuel Macron a déclaré jeudi, à l’issue d’un sommet informel de l’Union européenne tenu en Belgique, que l’Europe devait impérativement être associée aux négociations sur le conflit ukrainien afin de peser sur les décisions qui concernent directement sa sécurité, sa prospérité et son avenir stratégique.

« Nous, Européens, avons des questions fondamentales à débattre. C’est pourquoi nous devons être à la table des négociations lorsque l’architecture de sécurité du continent est en jeu », a affirmé le chef de l’État français dans une allocution diffusée sur la plateforme X du palais de l’Élysée.

Cette déclaration s’inscrit dans une offensive diplomatique assumée menée par Paris depuis la fin de l’année 2025. Face à la reprise de pourparlers directs entre Washington et Moscou, notamment sous l’impulsion du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, Macron entend empêcher que l’Europe ne soit reléguée au rang de simple spectatrice d’un règlement qui redessinerait pourtant ses frontières sécuritaires.

Dans une série d’entretiens accordés le 10 février à plusieurs grands médias européens, le président français a insisté sur une réalité qu’il juge incontournable : « Que cela nous plaise ou non, la Russie sera toujours là demain. Elle se trouve à nos portes ». Pour Macron, ignorer Moscou ou déléguer entièrement la gestion de la sécurité continentale aux États-Unis reviendrait à abandonner toute ambition de souveraineté stratégique européenne.

Le chef de l’État a confirmé que des canaux « techniques » avaient été discrètement réactivés entre Paris et Moscou. Son conseiller diplomatique Emmanuel Bonne s’est ainsi rendu dans la capitale russe début février pour évaluer les intentions réelles du Kremlin. Ces échanges, reconnaît l’Élysée, n’ont pas permis de constater une volonté de paix immédiate de la part de la Russie, mais ils traduisent une volonté française de maintenir un minimum de dialogue stratégique.

Macron plaide désormais pour une approche collective, structurée et disciplinée. Pas de négociations dispersées, pas de diplomatie solitaire : « Il faut un mandat européen clair, avec peu d’interlocuteurs, afin de ne pas affaiblir notre position », martèle-t-il.

Cette ligne ne fait cependant pas l’unanimité au sein de l’Union européenne. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a annoncé le 6 février un vingtième paquet de sanctions contre la Russie, visant particulièrement son secteur énergétique et bancaire. L’objectif affiché est d’asphyxier les ressources de Moscou, notamment en neutralisant sa « flotte fantôme » de pétroliers utilisés pour contourner les embargos.

La Haute Représentante Kaja Kallas s’est montrée plus catégorique encore, affirmant qu’aucun dialogue sérieux ne pouvait être engagé sans concessions majeures de la Russie, notamment sur la réduction de ses capacités militaires. Plusieurs pays d’Europe orientale et baltes partagent cette méfiance radicale.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky lui-même s’est montré sceptique lors d’un échange téléphonique avec Macron : « La Russie utiliserait ces discussions uniquement pour humilier l’Europe », a-t-il averti.

À l’inverse, des dirigeants comme Giorgia Meloni en Italie soutiennent la nécessité d’une présence européenne autonome dans les négociations. Pour eux, laisser Washington négocier seul avec Moscou reviendrait à accepter un condominium stratégique où l’Europe subirait les décisions sans en être actrice.

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