Macron en Inde : intelligence artificielle, Rafale et nouveau cap stratégique franco-indien
Le président français Emmanuel Macron a entamé lundi une visite officielle de trois jours en Inde, marquée par un double objectif stratégique : renforcer la coopération bilatérale dans le domaine de l’intelligence artificielle et finaliser un accord militaire majeur portant sur la vente de nouveaux avions de chasse Rafale à New Delhi. Accompagné de son épouse Brigitte, le chef de l’État était arrivé à Mumbai, capitale économique du pays, pour sa quatrième visite en Inde depuis son élection en 2017.
Dès son arrivée, Macron avait affiché ses ambitions sur la plateforme X : « Trois jours de Bombay à New Delhi pour renforcer davantage notre partenariat stratégique ». Une formule qui résumait l’enjeu de ce déplacement, dans un contexte géopolitique mondial marqué par la montée des tensions entre grandes puissances, la recomposition des alliances et la course technologique autour de l’intelligence artificielle.
La France cherchait avant tout à consolider sa position de partenaire militaire privilégié de l’Inde. Selon plusieurs sources concordantes, Paris et New Delhi discutaient d’un contrat portant sur la vente de 114 avions de chasse Rafale, un marché estimé à plusieurs milliards de dollars. Si l’accord était finalisé, il viendrait compléter les 36 appareils déjà livrés à l’armée de l’air indienne depuis 2016, ainsi que les 26 commandés récemment pour la marine. Une partie significative de ces nouveaux Rafale devait être produite localement, conformément à la stratégie indienne du « Make in India ».
Ce virage s’inscrivait dans la volonté de l’Inde de réduire progressivement sa dépendance militaire vis-à-vis de la Russie, son fournisseur historique, et de diversifier ses partenariats vers l’Europe et les États-Unis. Pour la France, il s’agissait de consolider son statut de puissance militaire exportatrice et de partenaire fiable dans l’Indo-Pacifique, région devenue centrale dans les équilibres stratégiques mondiaux.
Mardi, Macron avait rencontré le Premier ministre indien Narendra Modi, avant de participer à l’inauguration par visioconférence de la première chaîne d’assemblage final d’hélicoptères en Inde. Cette usine, fruit d’une coentreprise entre le groupe indien Tata et Airbus, était située à Vimagal, dans l’État du Karnataka. Elle devait produire le H125, l’hélicoptère monomoteur le plus vendu d’Airbus, symbole de la montée en puissance industrielle de l’Inde dans le secteur aéronautique.
Au-delà de la dimension militaire, cette visite mettait fortement l’accent sur les enjeux liés à l’intelligence artificielle. Macron s’était rendu à New Delhi pour un sommet international consacré à l’IA, où étaient abordées les questions d’investissement, de recherche scientifique, de souveraineté numérique et d’accès équitable aux technologies. L’Élysée insistait sur la nécessité de bâtir une « IA d’intérêt public », fondée sur des règles éthiques partagées, face à la domination croissante des géants américains et chinois.
La présidence française soulignait également que Paris et New Delhi défendraient ensemble le multilatéralisme en 2026, notamment à travers leurs présidences respectives du G7 et des BRICS. Une manière de renforcer leur poids diplomatique dans un monde fragmenté, où les logiques de blocs tendaient à s’imposer.
Enfin, Emmanuel Macron avait rencontré des représentants de l’industrie cinématographique indienne, illustrant la volonté d’élargir la coopération franco-indienne au-delà du seul champ militaire et technologique, vers les industries culturelles et créatives.
À travers cette visite, la France et l’Inde cherchaient à donner corps à une « indépendance stratégique partagée », mêlant défense, technologie et diplomatie, dans une relation qui se voulait durable, équilibrée et tournée vers l’avenir.
