Dégel de façade au Sahel : Tebboune et Tiani relancent le gazoduc transsaharien dans l’ombre des crises persistantes
Dans un contexte de réchauffement diplomatique apparent, les présidents algérien Abdelmadjid Tebboune et nigérien, le général Abdourahamane Tiani, se sont rencontrés à Alger les 15 et 16 février 2026 pour une visite officielle de deux jours. Cette entrevue, marquée par des poignées de main chaleureuses et des déclarations fraternelles, vise officiellement à renforcer la coopération politique et économique entre l’Algérie et le Niger, après dix mois de tensions et de rupture diplomatique.
La mesure phare annoncée : le lancement, juste après le Ramadan (prévu autour de mars 2026), des travaux sur le tronçon nigérien du gazoduc transsaharien (TSGP). Ce mégaprojet, vieux de plus de quinze ans, reliera le Nigeria à l’Algérie via le Niger sur environ 4 000 km, avec Sonatrach en charge de la réalisation de la section nigérienne (près de 1 000 km). Présenté comme stratégique pour l’intégration énergétique régionale et l’exportation de gaz nigérian vers l’Europe, il symbolise surtout une tentative algérienne de reprendre pied au Sahel après des mois d’isolement.
D’autres projets ont été évoqués : accélération de la route transsaharienne, renforcement de la liaison ferroviaire bilatérale, agrandissement du lycée algéro-nigérien de l’amitié à Zinder, création de centres de santé et de formation. Sur le plan sécuritaire, les deux dirigeants ont insisté sur le dialogue, le respect de la souveraineté des États et le rejet de toute intervention militaire extérieure – une pique à peine voilée contre les positions occidentales et les crises post-coup d’État au Niger en 2023.
Cette visite intervient après un dégel rapide : retour simultané des ambassadeurs le 12 février 2026, suite à la brouille déclenchée en avril 2025 par l’incident du drone malien abattu par l’Algérie près de la frontière, entraînant le rappel collectif des ambassadeurs de l’Alliance des États du Sahel (AES : Mali, Burkina Faso, Niger). Les relations, gelées depuis, ont laissé planer le spectre d’une fracture durable au Sahel, où l’Algérie peine à maintenir son influence face aux dynamiques russo-africaines et aux juntes militaires.
Pourtant, Le Niger reste sous régime militaire instable, dépendant d’alliances précaires ; l’Algérie, elle, cherche à sécuriser ses frontières sud et à contrer l’influence croissante de puissances extérieures dans la région. Le gazoduc, s’il voit le jour, pourrait devenir un levier de pouvoir autant qu’un vecteur de développement – mais les défis sécuritaires (terrorisme, trafics), les incertitudes financières et les rivalités régionales risquent de le transformer en mirage diplomatique.
L’Algérie et le Niger partagent 950 km de frontière poreuse et une histoire commune, mais cette « nouvelle dynamique » semble plus pragmatique que fraternelle : une alliance de circonstance pour stabiliser un Sahel en ébullition, où la souveraineté proclamée masque souvent des luttes d’influence impitoyables.
