Pétrole : stabilisation prudente après les avancées diplomatiques irano-américaines, mais incertitudes persistantes

Pétrole : stabilisation prudente après les avancées diplomatiques irano-américaines, mais incertitudes persistantes

Mercredi 18 février 2026 – Les cours du pétrole ont légèrement rebondi ce matin en Asie et en Europe après la chute enregistrée la veille, tout en restant proches de leurs niveaux les plus bas depuis deux semaines. Le Brent (livraison avril) se négocie autour de 67,60–67,80 dollars le baril, tandis que le WTI (livraison mars) évolue près de 62,45–62,60 dollars.

Cette relative stabilisation intervient après un recul d’environ 1,3 % pour le Brent et 2,3 % pour le WTI, provoqué par un optimisme prudent lié aux négociations indirectes sur le nucléaire iranien. La deuxième ronde de discussions, qualifiée de « constructive », s’est tenue à Genève sous médiation omanaise, réunissant les délégations américaine, conduite par les envoyés spéciaux Steve Witkoff et Jared Kushner, et iranienne, dirigée par le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi.

Après environ trois heures d’échanges, Araghchi a déclaré à la télévision d’État iranienne qu’un large accord sur un ensemble de principes directeurs avait été trouvé, sur la base desquels les négociateurs pourraient avancer et commencer à travailler sur le texte d’un accord potentiel, tout en précisant que le chemin restait difficile et que parvenir à un accord rapidement n’était pas garanti. Du côté américain, les officiels reconnaissent un « progrès » et une atmosphère « sérieuse », mais insistent sur les « écarts importants » restant à combler, rappelant que Téhéran devrait soumettre des propositions détaillées dans les deux prochaines semaines avant une troisième session dont la date n’est pas encore fixée, tandis que Washington maintient une ligne dure exigeant un arrêt complet ou très limité de l’enrichissement d’uranium, une levée partielle de sanctions en échange, et l’exclusion des missiles balistiques et du soutien aux proxies régionaux, points sur lesquels l’Iran refuse toute concession. Le Guide suprême Ali Khamenei a, pour sa part, réaffirmé que l’enrichissement et les capacités balistiques constituent des « droits inaliénables » et des « nécessités stratégiques », signalant que les lignes rouges persistent malgré l’optimisme tactique.

Parallèlement aux pourparlers, l’Iran a procédé à une fermeture partielle et temporaire du détroit d’Ormuz, dans le cadre d’exercices militaires des Gardiens de la Révolution, incluant tirs réels et démonstrations de drones armés, officiellement pour garantir la sécurité de la navigation, sachant qu’environ 20 à 21 % de la production mondiale de pétrole transite par ce chenal stratégique, soit 13 à 20 millions de barils par jour selon les estimations 2025–2026. Si les analystes considèrent ces exercices comme « classiques » et peu perturbateurs des flux, le timing, en pleine négociation, envoie un message clair à l’administration Trump, montrant que Téhéran dispose de leviers asymétriques pour influencer les discussions et que tout blocage prolongé pourrait faire exploser les prix, tout en nuisant à l’économie iranienne et en provoquant une réponse militaire occidentale rapide.

La baisse observée mardi s’explique par la réduction de la prime de risque géopolitique, les marchés ayant interprété les « guiding principles » comme un signe de désescalade potentielle éloignant le spectre d’un conflit ouvert dans le Golfe, après des menaces réciproques entre Trump et Téhéran. La stabilisation actuelle traduit un retour à la prudence, car aucun accord n’est imminent, les divergences persistent et d’autres facteurs baissiers interviennent, comme la hausse de production au Kazakhstan (champ de Tengiz) et les anticipations d’un build-up des stocks américains, avec une augmentation attendue de 2,3 millions de barils de brut pour la semaine au 13 février, accompagnée d’une baisse des produits raffinés, tandis qu’un dollar fort, lié aux attentes sur les minutes de la Fed de janvier, exerce également une pression supplémentaire sur les matières premières libellées en USD.

À l’approche des élections de mi-mandat fin 2026, la Maison Blanche semble soucieuse d’éviter un baril à 100 dollars, scénario politiquement sensible pour les électeurs américains, et certains analystes notent que Trump privilégie une issue négociée rapide pour revendiquer une victoire diplomatique tout en maintenant la pression militaire par des renforts aériens et navals dans la région. Un accord partiel pourrait libérer des flux iraniens supplémentaires, actuellement de l’ordre de 1,5 à 2 millions de barils par jour malgré les sanctions, accentuant la pression baissière, mais le décalage de temporalité entre l’urgence américaine et la stratégie de négociation longue de Téhéran pourrait inverser la tendance haussière en cas d’impasse prolongée ou d’escalade.

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