Au Ghana, une polémique autour du président John Dramani Mahama relance la mode fugu

Au Ghana, une polémique autour du président John Dramani Mahama relance la mode fugu

Ce qui n’était au départ qu’une séquence moqueuse sur les réseaux sociaux s’est transformé en véritable sursaut identitaire. Début février, le président ghanéen John Dramani Mahama s’est affiché en Zambie vêtu d’un fugu, tenue traditionnelle du nord du pays. Les railleries de certains internautes n’ont pas tardé à fuser. Mais loin d’entamer l’attachement des Ghanéens à ce vêtement emblématique, la polémique a déclenché un mouvement inattendu de fierté culturelle.

Dans les rues d’Accra, les étals de smocks rayés et colorés se multiplient. Les commerçants observent une hausse notable de la demande, notamment le mercredi, journée officiellement décrétée « Journée du Fugu » par la ministre du Tourisme, Abla Dzifa Gomashie. Depuis cette annonce, fonctionnaires, entrepreneurs et étudiants adoptent massivement la tenue, transformant un épisode de dérision en affirmation identitaire.

Le fugu, également appelé batakari, est confectionné à partir de fines bandes de coton tissées à la main dans les savanes du nord du Ghana. Ample et fluide, il se distingue par ses rayures et ses motifs spécifiques à chaque région. Longtemps associé aux chefs traditionnels et aux cérémonies officielles, il avait déjà marqué l’histoire nationale lorsque le premier président du pays, Kwame Nkrumah, l’avait porté lors de la cérémonie d’indépendance en 1957.

Aujourd’hui, au-delà de son ancrage traditionnel, le fugu connaît une renaissance stylistique. De jeunes créateurs à Accra revisitent le tissu ancestral pour en faire des vestes, pantalons ou ensembles contemporains, adaptés au quotidien urbain. Cette dynamique s’inscrit dans une campagne plus large baptisée « Wear Ghana », destinée à promouvoir la mode locale et à soutenir les artisans.

Cependant, ce regain d’intérêt met aussi en lumière les défis du secteur. Les tisserands, souvent dépendants de fils importés en raison de la faiblesse de la production locale de coton, peinent à suivre le rythme de la demande croissante. Plusieurs acteurs du secteur appellent à davantage d’investissements publics pour moderniser les équipements tout en préservant le savoir-faire artisanal.

En quelques semaines, une simple polémique vestimentaire s’est ainsi muée en opportunité économique et culturelle. Au Ghana, le fugu n’est plus seulement un vêtement traditionnel : il est devenu le symbole d’une identité revendiquée et assumée.

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