Kenya : Polémique autour de la délivrance de passeports à des membres des Forces de soutien rapide soudanaises

Kenya : Polémique autour de la délivrance de passeports à des membres des Forces de soutien rapide soudanaises

La récente révélation par le militant politique kényan Boniface Mwangi selon laquelle des personnalités liées aux Forces de soutien rapide (FSR) du Soudan auraient obtenu des passeports kényans a provoqué une véritable tempête politique et juridique à Nairobi. Cette affaire, qui met en lumière des liens potentiellement problématiques entre Nairobi et des acteurs controversés du conflit soudanais, suscite des appels à une enquête urgente et des demandes d’annulation de ces documents.

Le scandale a éclaté suite à la fuite de documents révélant que Al-Qouni Hamdan Dagalo, frère du commandant des FSR, Mohamed Hamdan Dagalo (Hemedti), avait obtenu un passeport kényan. Bien qu’Al-Qouni soit présenté comme un homme d’affaires basé à Dubaï, il occupe également un poste clé dans la logistique des FSR et fait l’objet de sanctions américaines et européennes pour son rôle dans le conflit soudanais. La possession d’un tel document lui permet de circuler librement et de contourner les restrictions qui lui sont imposées, soulevant de sérieuses questions sur l’intégrité des institutions kényanes chargées de délivrer les passeports.

Mais l’affaire ne se limite pas à lui. Les documents divulgués révèlent également d’autres personnalités controversées, notamment des figures politiques du Front Sumud, considéré comme la branche civile et politique des FSR, telles que Sharif Muhammad Othman Sharif Suleiman et Taha Othman Ishaq Adam. La présence de ces noms renforce les suspicions sur l’existence d’un réseau dépassant la simple erreur administrative et soulève la question d’éventuels intérêts politiques ou économiques derrière ces attributions.

L’affaire a provoqué une onde de choc au sein de la classe politique kényane. David Maraga, ancien président de la Cour suprême et candidat à la présidence, a dénoncé une « grave crise constitutionnelle » et appelé à une enquête transparente conduite par la Commission anti-corruption et le Département des enquêtes criminelles. Selon lui, l’octroi d’un passeport à une personne accusée de crimes de guerre compromet la neutralité du Kenya dans le conflit soudanais et fragilise la confiance du public dans les institutions.

L’opposition, menée par Kalonzo Musyoka et Martha Karua, a également accusé le gouvernement du président William Ruto d’entretenir des liens suspects avec des chefs de milices soudanaises. Elle a averti que cette situation nuit à l’image internationale du Kenya et pourrait entraîner des sanctions, tout en impactant négativement certains intérêts économiques, notamment la perte partielle du marché du thé soudanais.

Les médias kenyans ont qualifié l’affaire de « scandale diplomatique majeur ». La possession d’un passeport kényan par des individus figurant sur des listes de sanctions internationales leur permet de contourner ces restrictions et met Nairobi dans une position délicate vis-à-vis de ses partenaires occidentaux. Washington a d’ailleurs exprimé son inquiétude et menacé d’imposer de nouvelles sanctions si les autorités kenyanes étaient soupçonnées d’avoir facilité la diffusion de ces documents.

Partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *