Soudan : 33 morts et 59 blessés dans des frappes de drones sur des marchés au Kordofan-Ouest
Le samedi 7 mars 2026, deux localités du Kordofan-Ouest, Abou Zabad et Wad Banda, ont été le théâtre d’une violence aveugle : des frappes de drones ont frappé leurs marchés en pleine activité, faisant au moins 33 morts et 59 blessés, selon un bilan communiqué dimanche par une source médicale locale. Ces attaques, survenues dans des zones contrôlées par les Forces de soutien rapide (FSR), s’inscrivent dans une escalade qui transforme chaque jour ordinaire en cauchemar pour les civils soudanais.
Dès le matin, les explosions ont semé la panique. À Abou Zabad, un médecin de l’hôpital local – contacté via Starlink, seul lien viable avec l’extérieur – a décrit l’arrivée massive de blessés au milieu des cris et de la fumée : « Les marchés étaient bondés, comme tous les samedis. En quelques instants, des dizaines de personnes gisaient au sol, criblées d’éclats. » Parmi les 59 blessés, trente restaient hospitalisés dimanche dans un état préoccupant, faute de matériel chirurgical suffisant et d’électricité stable. À Wad Banda, le tableau était similaire, bien que les informations y soient plus fragmentaires en raison de l’isolement de la zone.
Face à ce drame, les témoignages affluent et convergent. Hamad Abdoullah, un habitant d’Abou Zabad, a confié à l’AFP avoir participé à l’enterrement de 20 victimes le jour même : « Quatre d’entre elles étaient de ma famille. Ils tenaient simplement un étal au marché. Ils n’étaient pas armés, ils essayaient juste de survivre. » Pour lui, comme pour beaucoup d’autres, la responsabilité incombe sans ambiguïté à un drone de l’armée soudanaise. Cette accusation, répétée par plusieurs témoins, reflète la profonde défiance envers les Forces armées soudanaises (SAF) dans les territoires tenus par les FSR.
De son côté, une source militaire a immédiatement démenti toute implication dans des frappes sur des civils. « Les forces armées ne bombardent pas les zones civiles, a-t-elle insisté auprès de l’AFP. Nous ciblons exclusivement les rebelles, leurs véhicules, leurs dépôts d’armes et leurs lignes de ravitaillement. » Ce déni, quasi systématique depuis le début du conflit, contraste avec les rapports accumulés par les organisations internationales, qui documentent depuis des mois l’usage massif et souvent indiscriminé des drones par les deux camps.
Cette banalisation des attaques aériennes sur des lieux de vie quotidienne aggrave une crise humanitaire déjà qualifiée par les Nations unies de « pire au monde ». Plus de 11 millions de personnes ont été déplacées depuis le début du conflit, des dizaines de milliers ont péri, et la famine menace des millions d’autres, notamment dans les zones isolées comme le Kordofan. Les marchés visés samedi n’étaient pas de simples lieux de commerce : ils constituaient des artères vitales pour l’approvisionnement en nourriture, en médicaments et en carburant au marché noir. Leur destruction coupe un peu plus les populations de tout moyen de survie.
l’usage des drones par les deux belligérants – l’armée dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhan et les FSR de Mohamed Hamdan Dagalo (« Hemedti ») – est devenu l’arme emblématique d’une guerre sans merci.
