Journée internationale des mines : l’Algérie saura t elle se relever des décennies perdues ?

Journée internationale des mines : l’Algérie saura t elle se relever des décennies perdues ?

À l’occasion de la Journée internationale pour la sensibilisation au problème des mines et l’assistance à la lutte antimines, célébrée chaque année le 4 avril et placée en 2026 sous le thème des Nations Unies « Investir dans la paix, investir dans la lutte antimines », le président du Conseil de la Nation, M. Azouz Nasri, a rappelé que cette commémoration constitue une occasion solennelle de revenir sur le lourd tribut payé par l’Algérie et son peuple en raison des mines antipersonnel laissées par la colonisation française. En effet, ces engins de mort représentent l’un des legs les plus tragiques et durables de l’occupation, transformant de vastes territoires en zones interdites et stériles pendant des décennies.

Durant la guerre de Libération nationale, entre 1956 et 1962, l’armée coloniale a implanté massivement plus de 11 millions de mines le long des lignes Challe et Morice, principalement aux frontières est et ouest du pays. Ces dispositifs, conçus pour tuer ou mutiler, ont empêché l’accès à l’agriculture, à l’élevage et à l’urbanisation, tout en freinant le développement socio-économique de régions entières. Par conséquent, le bilan humain est particulièrement dramatique : plus de 7 255 victimes civiles ont été recensées, dont environ 4 830 pendant la guerre et 2 425 après l’indépendance. La plupart de ces victimes étaient des enfants, des paysans ou des bergers, qui ont non seulement perdu la vie ou subi des mutilations irréversibles, mais ont également laissé derrière eux des familles profondément affectées par le traumatisme et la précarité.

Malgré ces conséquences tragiques, l’Algérie n’a jamais cessé d’agir pour réduire ce fléau. L’Armée Nationale Populaire (ANP) a ainsi mené un travail pionnier et constant de déminage, réussissant à neutraliser près de 9 millions de mines depuis 1962. Cette action a permis de réduire considérablement les risques, même si, en 2024, des centaines de mines résiduelles ont encore été découvertes et détruites, notamment dans les zones frontalières du sud-ouest. La persistance de ces contaminations résiduelles s’explique par la topographie difficile, les conditions climatiques extrêmes et l’étendue considérable des zones affectées, ce qui rend chaque opération complexe et exigeante.

Les efforts techniques ne suffisent cependant pas à eux seuls. Le déminage requiert des équipements sophistiqués, des équipes spécialisées constamment formées et des moyens logistiques importants. Grâce à ces investissements, l’Algérie a pu déclarer en 2017 la fin de ses obligations au titre de l’Article 5 de la Convention d’Ottawa, devenant ainsi un exemple mondial en matière de lutte antimines. Ces progrès permettent de protéger la population et de libérer progressivement des terres pour leur exploitation agricole et touristique, mais les défis restent nombreux et nécessitent une vigilance constante.

Parallèlement, la prise en charge des victimes constitue un autre enjeu majeur et profondément humain. L’État algérien a mis en place un programme national intégré, combinant assistance médicale et réadaptation physique, soutien psychosocial, insertion socio-professionnelle et accompagnement des ayants droit, tels que les veuves et les orphelins. À fin 2024, environ 2 218 personnes bénéficiaient de cette assistance, dont 1 500 survivants directs et 718 ayants droit. Cependant, malgré ces mesures, les besoins continuent d’évoluer : prothèses de qualité, thérapies psychologiques à long terme et réinsertion économique demeurent des priorités constantes.

En définitive, les défis liés aux mines antipersonnel en Algérie ne se limitent pas aux aspects techniques, humains ou historiques. Ils révèlent aussi les failles persistantes d’un régime qui peine à traduire ses promesses en actions concrètes. Malgré les déclarations officielles, de nombreuses zones restent contaminées des décennies après l’indépendance, freinant l’agriculture, le développement rural et l’urbanisation. La lenteur des opérations de déminage, la réhabilitation partielle des terres et les carences dans la prise en charge des victimes témoignent d’une gestion bureaucratique, souvent plus attentive à la communication qu’aux résultats réels.

Cette situation illustre également les contradictions du pouvoir algérien, qui revendique son rôle de pionnier dans la lutte antimines tout en laissant subsister des séquelles humaines et économiques considérables. Les survivants continuent de subir les conséquences des incapacités permanentes et des traumatismes psychologiques, tandis que l’État peine à fournir des solutions durables ou à mobiliser efficacement les ressources nécessaires. Le fléau des mines antipersonnel, loin d’être totalement éradiqué, reste un symbole des promesses non tenues et des priorités souvent détournées vers des enjeux politiques plutôt que sociaux.

Ainsi, si la Journée internationale du 4 avril 2026 est l’occasion de rendre hommage aux victimes et de rappeler la gravité du problème, elle constitue également un coup de projecteur sur les insuffisances d’un système politique qui continue de se satisfaire de résultats partiels, alors que le peuple algérien mérite un engagement réel et concret pour un territoire sécurisé et pleinement exploitable. Le régime est appelé, non plus seulement à déclarer des engagements, mais à agir véritablement, à traduire en mesures concrètes la mémoire historique qu’il invoque, et à investir sérieusement dans la réhabilitation des terres et le soutien aux victimes, au lieu de se contenter de discours commémoratifs.

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