Irak : Ali al-Zaidi, un entrepreneur multimillionnaire propulsé au sommet de l’État pour contourner l’influence iranienne et apaiser les pressions américaines

Irak : Ali al-Zaidi, un entrepreneur multimillionnaire propulsé au sommet de l’État pour contourner l’influence iranienne et apaiser les pressions américaines

La scène politique irakienne vient de connaître un basculement majeur avec la désignation d’Ali al-Zaidi au poste de Premier ministre, actée le 27 avril 2026 par le président Nizar Amedi, sur proposition du Cadre de coordination, principal bloc chiite du Parlement. Âgé de 40 ans, cet homme d’affaires issu du secteur privé incarne une nouvelle configuration du pouvoir à Bagdad, où les logiques économiques semblent désormais s’entremêler étroitement avec les équilibres politiques.

Al-Zaidi a été choisi unanimement en 25 minutes lors d’une réunion décisive du Cadre de coordination, après le retrait forcé de Nouri al-Maliki sous pression du président américain Donald Trump, qui menaçait de couper l’accès irakien au pétrodollar en raison des liens pro-iraniens de ce dernierL

Dans ce jeu d’équilibre délicat, Ali al-Zaidi apparaît comme une solution de transition, permettant de préserver l’unité du bloc chiite tout en offrant une image plus technocratique et moins politisée du pouvoir exécutif.

Contrairement aux figures politiques classiques, Ali al-Zaidi n’est pas issu des partis historiques qui dominent la vie politique irakienne depuis 2003. Juriste de formation, diplômé en droit et finance, titulaire d’un master en banque et finance et membre du barreau irakien, il s’est imposé dans le monde économique à travers la création du groupe Al-Watania Holding Group, fondé en 2017.

Ce conglomérat privé s’est rapidement développé dans des secteurs stratégiques : agriculture, immobilier, banque, logistique, énergies renouvelables, santé et éducation. En quelques années, al-Zaidi a construit un empire économique diversifié, lui permettant d’acquérir une influence considérable au-delà du secteur privé.

Son réseau s’étend également à des institutions éducatives et médicales, avec la présidence de l’université Al-Shaab et de l’institut médical Ishtar. Il a aussi dirigé la Al-Janoob Islamic Bank, une banque qui a été sanctionnée en 2024 par les autorités américaines pour des accusations de blanchiment d’argent et de fraude, avant d’être interdite par la Banque centrale irakienne, un épisode qui continue de susciter des interrogations sur la transparence de ses activités financières.

Son empire inclut par ailleurs des actifs médiatiques et commerciaux, dont la chaîne Dijlah TV, l’enseigne Taawon Hypermarket, ainsi que des contrats liés aux programmes de distribution alimentaire gérés par l’État irakien.

L’arrivée d’Ali al-Zaidi au sommet de l’État irakien illustre une tendance de fond : la porosité croissante entre les élites économiques et le pouvoir politique. Dans un pays marqué par des décennies de guerre, de sanctions et de reconstruction inachevée, les hommes d’affaires occupent désormais une place centrale dans les mécanismes de décision.

Cette évolution traduit aussi une forme de pragmatisme politique. Face à la fragmentation des partis et à la difficulté de former des majorités stables, les blocs parlementaires semblent privilégier des profils technocratiques, capables de gérer les urgences économiques tout en maintenant un équilibre entre les différentes influences régionales.

Malgré son profil d’entrepreneur, Ali al-Zaidi aborde une fonction marquée par une forte complexité institutionnelle. Il dispose de 30 jours pour former un gouvernement et obtenir la confiance du Parlement, où la majorité chiite détient 185 sièges sur 329, mais reste traversée par de profondes divisions internes.

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