Irak : le bloc chiite s’enlise dans les divisions alors que la désignation du Premier ministre s’éloigne d’un consensus
Le Cadre de coordination, principale alliance des forces chiites au Parlement irakien, apparaît de plus en plus englué dans une crise interne qui retarde, une fois encore, la nomination du prochain Premier ministre. Pour la quatrième fois consécutive, une réunion jugée décisive a été reportée, révélant des fractures profondes au sein du bloc, incapable de s’accorder sur un nom unique à proposer pour diriger le gouvernement.
Cette paralysie intervient dans un contexte politique déjà fragile, où les équilibres institutionnels restent suspendus à des négociations tendues, plusieurs mois après les dernières élections législatives.
Selon plusieurs sources politiques, les divisions au sein du Cadre de coordination s’articulent désormais autour de trois grandes orientations.
Le premier camp plaide pour la reconduction du Premier ministre sortant, Mohammed Shia al-Sudani, en mettant en avant une relative stabilité gouvernementale et une continuité administrative dans un pays marqué par l’instabilité chronique.
Le deuxième bloc, soutenu notamment par l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, pousse pour la candidature de Bassem al-Badry, actuel responsable de la Commission de la responsabilité et de la justice. Ce choix est perçu comme une tentative de consolider l’influence de ce courant politique dans la prochaine phase du pouvoir exécutif.
Une troisième tendance défend l’idée d’un candidat de compromis, extérieur aux deux figures dominantes, afin d’éviter une aggravation des tensions internes et de préserver l’unité minimale du bloc chiite.
Au-delà des divergences politiques, un désaccord plus technique bloque également le processus : la définition même du quorum nécessaire pour valider une décision interne. Certains estiment qu’il doit être calculé sur la base des dirigeants du Cadre, d’autres sur le nombre de députés affiliés, ce qui modifie profondément les équilibres de force.
Dans les faits, aucune faction ne dispose aujourd’hui d’une majorité suffisante pour imposer son choix, ce qui empêche toute avancée concrète vers une désignation consensuelle.
Cette crise interne se déroule dans un environnement régional sous haute tension, où l’Irak demeure un terrain d’influence entre puissances rivales. Des acteurs étrangers, notamment l’Iran et les États-Unis, suivent de près les négociations en cours, chacun cherchant à préserver ses intérêts dans la formation du prochain gouvernement.
Des informations font également état d’une visite discrète du chef de la Force Qods iranienne, Esmail Qaani, à Bagdad, destinée à encourager un compromis rapide et à éviter une fragmentation accrue des forces chiites au pouvoir.
Face à l’enlisement, l’hypothèse d’un candidat dit « de consensus » refait surface. Plusieurs noms circulent en coulisses, notamment des responsables sécuritaires ou des technocrates déjà impliqués dans l’appareil d’État, mais aucun ne s’impose clairement à ce stade.
Certains responsables du Cadre de coordination espèrent encore un accord dans les prochains jours, tandis que d’autres envisagent désormais un recours à un vote interne, solution qui pourrait toutefois accentuer les divisions si aucun camp ne parvient à réunir une majorité.
L’incapacité répétée du Cadre de coordination à trancher illustre une réalité plus large : celle d’un système politique où les logiques de coalition restent dominées par les rapports de force internes, au détriment d’une vision gouvernementale cohérente.
À mesure que les délais constitutionnels se rapprochent, l’absence de consensus fragilise davantage la perspective d’une transition politique stable, laissant planer l’incertitude sur la formation du prochain exécutif irakien et sur la capacité des forces chiites à maintenir leur unité face aux pressions internes et externes.
