Grève générale au Portugal : la CGTP conteste le gouvernement sur la réforme du travail, un bras de fer social qui s’intensifie
1er mai 2026 (AA) – À l’occasion de la Journée internationale des travailleurs, le Portugal est entré dans une nouvelle phase de mobilisation syndicale. La Confédération générale des travailleurs portugais (CGTP), le plus grand syndicat du pays, a annoncé vendredi une grève générale nationale le 3 juin. Cette action collective vise à bloquer un projet de réforme du code du travail que les syndicats qualifient de « paquet de mesures nuisible ». Son secrétaire général, Tiago Oliveira, n’a pas mâché ses mots lors d’une intervention sur la chaîne publique RTP Noticias : « Nous organiserons une grande grève générale. Nous poursuivrons cette voie de protestation, mais aussi de lutte pour une vie meilleure, en exigeant le retrait du paquet de réformes du travail. »
Ce projet de loi, approuvé en tant que proposition l’an dernier par le gouvernement minoritaire de centre-droit dirigé par le Premier ministre Luís Montenegro, ambitionne de « moderniser » le code du travail portugais. Officiellement, il répond à des défis structurels de longue date : une productivité stagnante, un chômage persistant chez les jeunes (autour de 20% selon les dernières données d’Eurostat), et une compétitivité économique mise à mal face à des voisins comme l’Espagne ou l’Irlande. Les mesures phares incluent une facilitation de la sous-traitance pour les entreprises, une limitation de la rémunération des heures supplémentaires, une simplification des procédures de licenciement, et des restrictions potentielles au droit de grève. Pour le gouvernement, ces changements sont essentiels pour attirer les investissements étrangers et relancer la croissance dans un pays encore marqué par la crise de la dette souveraine de 2011.
Mais du côté des syndicats, c’est un tout autre tableau. La CGTP dénonce une offensive libérale qui affaiblirait fondamentalement la sécurité de l’emploi des salariés. « Ces réformes accroîtraient l’insécurité de l’emploi », a averti Oliveira, soulignant que malgré des mois de critiques et de négociations, le texte n’a pas été significativement modifié. Les opposants pointent du doigt un contexte économique tendu : l’inflation post-pandémie et la hausse du coût de la vie (logement, énergie, alimentation) pèsent lourdement sur les Portugais, dont le salaire moyen net avoisine les 1 200 euros par mois – l’un des plus bas de l’Union européenne. Favoriser les employeurs au détriment des travailleurs, dans ce contexte, est perçu comme une trahison.
Cette annonce n’est pas un coup dans le vide. Elle s’inscrit dans une escalade de tensions sociales. En décembre dernier, la CGTP avait déjà orchestré la première grève générale au Portugal depuis plus d’une décennie, paralysant transports, industries et services publics. Des dizaines de milliers de manifestants avaient envahi les rues de Lisbonne et Porto, scandant des slogans contre un gouvernement accusé de « brader les droits acquis ». Ces dernières semaines, de nouvelles manifestations massives ont réuni jusqu’à 100 000 personnes dans la capitale, selon les organisateurs, forçant le pouvoir à reporter certains débats parlementaires.
L’Union générale des travailleurs (UGT), deuxième force syndicale et historiquement plus proche du Parti socialiste (opposition), adopte pour l’instant une posture plus mesurée. Son secrétaire général, Mario Mourão, a déclaré que le syndicat écartait une action immédiate de protestation, préférant évaluer l’issue des négociations en cours avec le gouvernement. « Nous sommes encore loin d’un accord », a-t-il admis, précisant que l’UGT continuerait à peser de tout son poids au Parlement et dans les discussions tripartites. Cette division au sein du mouvement ouvrier pourrait limiter l’ampleur de la grève du 3 juin, mais la CGTP compte sur un effet boule de neige pour rallier d’autres acteurs.
