Gaza : La « seconde guerre » contre les rats ravage les camps de déplacés

Gaza : La « seconde guerre » contre les rats ravage les camps de déplacés

Dans la bande de Gaza, les cicatrices d’un conflit qui dure depuis plus de deux ans – marqué par des bombardements incessants, des déplacements massifs et une destruction quasi totale des infrastructures – sont encore à vif. Pourtant, au milieu de ces ruines, une nouvelle menace émerge, bien plus insidieuse que les obus ou les drones : une invasion massive de rats, de puces, de punaises de lit et d’autres nuisibles. Qualifiée par les habitants et les observateurs humanitaires de « seconde guerre », cette prolifération transforme les camps de fortune en cauchemars vivants, des foyers de contamination où la survie quotidienne rime avec une lutte acharnée contre des ennemis invisibles. Pour une population de près de 1,7 million de déplacés entassés dans des tentes surpeuplées, cette crise aggrave une détresse déjà insoutenable, faite de famines, de maladies et de privations extrêmes.

Les conditions sur le terrain sont idéales pour cette catastrophe sanitaire. Les décombres des bâtiments effondrés – des milliers d’hectares de béton pulvérisé, de meubles brisés et de déchets accumulés – offrent des refuges parfaits aux rongeurs. Selon des rapports de l’ONU, plus de 80% des habitations à Gaza sont inhabitables, forçant les familles à s’entasser dans des abris de fortune sans eau courante ni électricité. Les ordures solides, non collectées depuis des mois en raison de l’effondrement des services municipaux, s’amoncellent en montagnes putrides, favorisant la reproduction exponentielle des rats. « Chaque nuit, on entend les griffures dans les murs de toile. Ils mangent nos maigres réserves de nourriture, mordent les couvertures des enfants », témoigne Fatima, une mère de cinq enfants réfugiée dans le camp de Rafah. Ces rongeurs, souvent porteurs de leptospirose ou de peste, ne sont que la pointe de l’iceberg : puces et punaises pullulent dans la chaleur humide, transmettant gale, typhus et autres infections.

L’effondrement total des services essentiels exacerbe cette invasion. L’eau potable, rationnée à moins de 5 litres par personne et par jour contre les 15 litres recommandés par l’OMS, est contaminée par les égouts à ciel ouvert. Les stations d’épuration, bombardées ou à l’arrêt, rejettent des eaux usées directement dans les rues. Le blocus imposé sur les importations humanitaires restreint drastiquement l’accès aux pesticides, raticides et produits désinfectants. « Nos équipes ont besoin de 200 tonnes de dératisants par mois, mais nous n’en recevons que 10% », déplore un coordinateur de l’UNRWA. Sans camions de collecte des déchets ni incinérateurs fonctionnels, les efforts des volontaires locaux – qui posent des pièges artisanaux faits de boîtes de conserve et d’appâts improvisés – sont vains face à une population de rats estimée à des millions.

Les répercussions sur la santé publique sont catastrophiques et touchent particulièrement les plus vulnérables. À l’hôpital Al-Aqsa de Deir al-Balah, le service de pédiatrie est submergé : les infections cutanées comme la gale ont explosé de 300% en un an, tandis que les cas de poux, punaises et morsures de rats multiplient les hospitalisations. « J’ai vu un bébé de trois mois avec le visage déchiqueté par des rats affamés. Sa mère pleurait, impuissante, sans médicaments pour calmer la fièvre », raconte un infirmier sous couvert d’anonymat. L’OMS recense déjà plus de 17 000 infections parasitaires en 2026, mais les chiffres officiels sous-estiment la réalité, car beaucoup de cas ne franchissent jamais les portes des hôpitaux surchargés. Des épidémies de diarrhée aiguë, liée à l’eau souillée par les rongeurs, touchent 40% des enfants de moins de 5 ans, selon Médecins Sans Frontières. Chez les personnes âgées et les handicapés, immobilisés dans ces camps, les plaies infectées mènent souvent à la gangrène, avec un taux de mortalité qui grimpe en flèche.

Avec l’arrivée des températures printanières, qui dépassent déjà 30°C le jour, la situation empire. La chaleur accélère la reproduction des nuisibles – une femelle rat peut donner naissance à 50 petits par an – et favorise la prolifération des moustiques vecteurs de malaria. L’urgence est totale : sans accès immédiat et massif aux ressources, le territoire sombre vers un abîme sanitaire d’où il sera impossible de revenir.

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